Enlèvements liés aux cryptomonnaies : une enquête unifiée sur des commanditaires communs

Depuis le début de l’année 2026, les enlèvements dans le secteur des cryptomonnaies sont devenus une préoccupation majeure pour les enquêteurs spécialisés dans la lutte contre la criminalité organisée. Ces faits inquiétants, qui impliquent souvent des violences extrêmes, ont conduit les autorités à suspecter l’existence de commanditaires communs derrière plusieurs affaires.

EN BREF

  • Une juge d’instruction regroupe plusieurs affaires d’enlèvements liés aux cryptomonnaies.
  • 45 personnes sont désormais mises en examen dans cette vaste enquête.
  • Les attaques contre les détenteurs de cryptomonnaies augmentent de manière exponentielle.

Le 27 mars, une juge d’instruction a pris la décision de regrouper dans une seule enquête trois incidents survenus en mai 2025. Après une année d’investigations, elle soupçonne une « même entreprise criminelle » derrière ces cas de séquestration et de tentatives d’enlèvements. Selon une source proche du dossier, les enquêteurs ont relevé des similarités dans le mode opératoire des criminels, le choix des cibles et la professionnalisation du système, impliquant des exécutants, des logisticiens et des commanditaires.

Cette jonction des procédures, qui a déjà suscité l’attention du public en raison de la brutalité des faits, a conduit à un total de 45 personnes mises en examen dans ce dossier complexe. Parmi les incidents notables, le 1er mai, à Paris, un homme dont le fils avait fait fortune dans les cryptomonnaies a été enlevé par quatre hommes encagoulés alors qu’il promenait son chien. Il a subi de graves blessures, dont la coupure d’un doigt, en réponse à un ultimatum de rançon s’élevant à plusieurs millions d’euros en cryptomonnaies.

Un autre incident a eu lieu le 13 mai, lorsque quatre individus masqués ont tenté d’enlever la fille et le petit-fils de Pierre Noizat, PDG de la société Paymium. Grâce à l’intervention rapide du compagnon de la femme, les victimes ont réussi à échapper à leurs ravisseurs. Puis, le 26 mai, une tentative d’enlèvement d’une famille gérant une société de cryptomonnaies a été déjouée à Couëron, près de Nantes. Ces enquêtes ont permis de relier ces événements, et les investigations sur le 13 mai ont même conduit à l’évitement de l’incident du 26 mai.

Romain Chilly, avocat des parties civiles dans les affaires du 1er et 13 mai, s’est exprimé sur cette centralisation des procédures. Il considère que c’est une bonne chose, mais il insiste sur la nécessité d’une avancée plus rapide des investigations, surtout dans un contexte où les agressions visant les détenteurs de cryptomonnaies augmentent de manière alarmante.

En janvier, le nouveau parquet anti-criminalité organisée (Pnaco) a annoncé avoir été saisi de six enlèvements ou séquestrations en seulement 25 jours. Actuellement, le nombre de procédures gérées par le Pnaco s’élève à 13. Les derniers développements incluent la mise en examen, les 19 et 21 mars, de quatre personnes soupçonnées d’être impliquées dans l’enlèvement de janvier des parents d’un propriétaire de cryptomonnaies. Ce couple de septuagénaires a été kidnappé chez lui, avant d’être retrouvé maltraité à Montélimar, à proximité d’une discothèque.

Un des suspects, Kassim G., est désigné comme un « meneur opérationnel » dans cette affaire. Il est également mis en cause dans la séquestration d’une magistrate à Grenoble, dont le compagnon est associé à une start-up liée aux cryptomonnaies. Les enquêteurs devront déterminer si ces deux affaires sont liées par une même chaîne de commandement.

Les avocats des suspects soulignent que des pressions sont exercées sur leurs clients. Eliott Amzallag, représentant Kassim G., a souligné que certains individus manipulent des jeunes en situation de vulnérabilité pour les inciter à commettre des actes violents, les laissant ensuite seuls face à la justice. Baptiste Bellet, avocat d’une femme accusée d’avoir hébergé une séquestration, a également évoqué des menaces qui l’ont contrainte à accueillir des individus armés chez elle.

Face à cette situation, les autorités et les enquêteurs sont désormais mobilisés pour démanteler ces réseaux criminels et protéger les victimes potentielles de telles violences.