Ce mardi, des milliers d’autochtones se sont rassemblés à Brasilia, dans le cadre du Campement Terre libre, pour revendiquer la reconnaissance de leurs terres ancestrales. Cette manifestation intervient alors que le pays se prépare pour des élections présidentielles dans six mois, marquées par des enjeux cruciaux pour les peuples autochtones.
EN BREF
- 7 000 autochtones défilent à Brasilia pour la reconnaissance de leurs terres.
- Le cortège s’inscrit dans le Campement Terre libre, événement annuel depuis 2004.
- Les leaders appellent à une action renforcée du gouvernement Lula face aux menaces sur l’Amazonie.
Le Campement Terre libre, qui se déroule chaque année depuis 2004, est un moment fort pour les peuples autochtones du Brésil. Cette semaine, ils se sont rassemblés autour de débats, d’activités culturelles, mais aussi de manifestations. Les participants, vêtus de costumes traditionnels et arborant des peintures corporelles, ont fait entendre leurs voix dans les rues de la capitale.
Le cortège, qui s’est dirigé vers le Parlement, a été marqué par des chants et des danses traditionnelles. Parmi les manifestants, certains ont brandi des portraits de Raoni Metuktire, un cacique emblématique et figure mondiale de la défense de l’Amazonie. Leur message est clair : ils exigent une accélération de la reconnaissance de leurs terres ancestrales par le gouvernement de Luiz Inacio Lula da Silva.
Le président Lula, qui avait reçu un soutien massif des autochtones lors de son élection en 2022 face à l’extrême droite, fait face à des attentes élevées. Son prédécesseur, Jair Bolsonaro, avait adopté une politique d’anti-indigénisme, s’engageant à ne céder aucune parcelle de terre aux peuples autochtones, ce qui avait entraîné une forte augmentation de la déforestation en Amazonie. Le retour au pouvoir de Lula a suscité l’espoir d’un changement. En effet, depuis son mandat, la déforestation a diminué, et 20 réserves indigènes ont été homologuées.
Cependant, cette avancée est jugée insuffisante par de nombreux leaders autochtones. Iracana Wassu-Cocal, cacique du sud-est du pays, a exprimé son inquiétude concernant la pollution des cours d’eau, exacerbée par des activités telles que l’orpaillage illégal. Pour elle, la priorité reste l’homologation de leurs terres, un enjeu vital pour leur survie et celle de l’environnement.
Les réserves indigènes sont de plus en plus reconnues comme des remparts contre le réchauffement climatique. En 2023, une loi limitant le droit à la terre des autochtones a été adoptée par le Parlement, mais elle a été invalidée par la Cour suprême. Néanmoins, le lobby agro-négociant continue de faire pression pour que ce texte soit inscrit dans la Constitution, menaçant ainsi les droits des peuples autochtones.
Le Brésil abrite environ 1,7 million d’autochtones, ce qui représente une part significative de sa population de 212 millions d’habitants. Marilene Gervasio, du peuple Baré, a exprimé son besoin de « davantage de moyens » pour sa communauté, tout en espérant un nouveau mandat pour Lula lors des élections d’octobre. Les sondages actuels montrent une compétition serrée entre Lula et Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président.
Les revendications des autochtones ne sont pas qu’un cri de désespoir ; elles sont aussi une affirmation de leur culture et de leur droit à préserver leurs territoires. À l’heure où les enjeux environnementaux prennent une place prépondérante dans le débat public, leur voix est plus que jamais nécessaire pour garantir un avenir durable.