En cette journée de Pâques à Budapest, les rues sont ornées d’affiches électorales, mais bien peu de commerces sont ouverts. Assis à une table d’un kebab turc, Miklós Ligeti, directeur juridique de Transparency International Hungary, évoque un climat politique troublant. Depuis 2012, cet homme engagé observe l’évolution de la démocratie en Hongrie, et il ne cache pas son inquiétude face à la dérive autoritaire du gouvernement de Viktor Orbán.
EN BREF
- La démocratie hongroise est gravement menacée par des pratiques de corruption.
- Les élections pourraient voir la chute de Viktor Orbán, mais la situation reste tendue.
- Des menaces de chantage et d’achat de votes marquent le climat électoral actuel.
Au fil des années, Viktor Orbán a consolidé son pouvoir, contrôlant une majorité écrasante des médias, restreignant les libertés civiles et altérant le processus électoral. Alors que les Hongrois se préparent à voter, un espoir de changement émerge avec la candidature de son rival de centre-droit, Péter Magyar. Toutefois, les rapports d’observation des élections, notamment ceux de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, soulignent que ces élections sont « libres mais non équitables ».
Miklós Ligeti ne mâche pas ses mots : « La Hongrie n’est plus une démocratie, surtout pas comme le Canada ou l’Autriche », affirme-t-il, précisant que le système politique actuel s’apparente davantage à une oligarchie. L’achat de voix, une pratique dénoncée, est devenu courant. Des électeurs, comme Lazos Farkas, témoignent avoir vu des gens recevoir de l’argent ou de la nourriture en échange de leur vote. « Ils donnent parfois 10 000 forints, soit environ 26 euros, pour un bulletin », révèle-t-il.
D’autres habitants, comme Dora Lakatos, corroborent ces faits. Dans certaines localités, des électeurs désespérés demandent de l’aide à des « assistants » dans les isoloirs, invoquant un illettrisme qui pourrait être réel ou simulé. Miklós Ligeti précise que cette pratique de « vote assisté », bien qu’ancienne, a pris une ampleur inquiétante ces dernières années. Selon un documentaire récent, le parti Fidesz aurait sécurisé entre 200 000 et 300 000 voix par ces procédés lors des élections de 2022.
Ligeti parle d’un système « féodal » où les décisions fondamentales des villages sont contrôlées par des figures locales telles que les députés ou les maires. Dans des communes comme Nyírbogát, la médecin généraliste est également maire, ce qui lui confère un pouvoir considérable sur l’accès aux soins. « Si vous n’êtes pas du bon côté, votre enfant malade pourrait ne pas avoir accès aux soins nécessaires », ajoute-t-il, laissant entrevoir les conséquences dramatiques de cette situation.
De plus, les Roms vivant dans ces campagnes sont particulièrement ciblés par des menaces de perte d’emplois s’ils ne soutiennent pas le Fidesz. Judit Ignácz, membre du Centre européen pour les droits des populations rom, souligne que la pression exercée sur ces communautés est constante.
Les autorités locales, contactées par les réalisateurs du documentaire, ont refusé de commenter ces allégations. Le gouvernement, quant à lui, a qualifié le film de « campagne de désinformation » à financement étranger, un terme souvent utilisé pour disqualifier les critiques. Pendant ce temps, la propagande du Fidesz inonde les médias et les réseaux sociaux, renforçant son emprise sur l’opinion publique.
En matière de stratégie électorale, les méthodes employées vont jusqu’au chantage personnel. En février, des rumeurs de diffusion d’une sextape impliquant Péter Magyar ont circulé, illustrant un climat de peur et d’intimidation. Plus alarmant encore, des rapports ont révélé que des éléments des services de renseignement russes auraient envisagé de simuler une tentative d’assassinat contre Viktor Orbán pour renforcer son soutien électoral.
En réponse à ces défis, Fidesz a redessiné les circonscriptions électorales depuis son arrivée au pouvoir en 2010, favorisant ainsi des zones qui lui sont plus propices. En conséquence, le parti a réussi à obtenir les deux tiers des sièges avec seulement 54 % des voix lors des élections de 2022. Malgré ces abus, une lueur d’espoir demeure. « Ce qui est nouveau cette fois, c’est que le jeu est ouvert », conclut Miklós Ligeti, soulignant que cette possibilité même de changement est déjà une petite victoire pour la démocratie hongroise.