Le verdict est tombé ce lundi 13 avril 2023 : le tribunal correctionnel de Paris a reconnu coupables l’entreprise Lafarge et plusieurs de ses dirigeants, dont l’ex-PDG Bruno Lafont, pour avoir financé des groupes terroristes en Syrie entre 2013 et 2014. Cette affaire, qui a mis en lumière des pratiques controversées au sein de la multinationale, a conduit à des sanctions pénales sévères.
EN BREF
- Bruno Lafont condamné à six ans de prison, incarcération immédiate.
- Lafarge a financé des groupes jihadistes pour près de 5,6 millions d’euros.
- Une autre affaire concernant des crimes contre l’humanité est toujours en cours.
Bruno Lafont, âgé de 69 ans et PDG de Lafarge de 2008 à 2015, a été arrêté directement dans la salle d’audience. Sa défense a annoncé son intention de faire appel de la décision du tribunal, arguant que le mandat de dépôt est « injustifié ». En plus de Lafont, l’ancien directeur général adjoint Christian Herrault a également été condamné à cinq ans de prison, avec incarcération immédiate.
Le tribunal a souligné que Lafarge avait effectué des paiements à trois organisations jihadistes, dont le groupe État islamique (EI), pour un montant total de près de 5,6 millions d’euros. Ces financements ont été jugés comme ayant permis la préparation d’attentats terroristes, notamment ceux qui ont frappé la France en janvier 2015. La présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Desprez, a évoqué un « véritable partenariat commercial avec l’EI » et a qualifié le montant versé de « jamais atteint », accentuant ainsi la gravité des faits.
En conséquence, Lafarge a été condamnée à payer une amende maximale de 1,125 million d’euros pour financement du terrorisme, ainsi qu’une amende douanière de 4,57 millions d’euros pour le non-respect des sanctions financières internationales, une autre infraction grave mise en avant durant le procès.
Cette affaire ne concerne pas uniquement le financement du terrorisme. En effet, un deuxième volet, relatif à des soupçons de crimes contre l’humanité, reste en cours d’instruction. Lafarge a été mise en examen pour complicité de crimes contre l’humanité, une accusation rare qui a été annulée par la cour d’appel en novembre 2019, avant d’être cassée par la Cour de cassation en septembre 2021. En mai 2022, la cour d’appel de Paris a confirmé la mise en examen du groupe, une décision validée par la Cour de cassation en janvier 2024. Cette mise en examen concerne notamment des crimes commis contre la minorité des Yazidis et des membres de la communauté Sheitat, ainsi que des recrues de l’armée irakienne.
Les organisations non gouvernementales (ONG) Sherpa et ECCHR, qui se sont portées parties civiles dans cette affaire, ont exprimé leur satisfaction quant aux condamnations prononcées ce jour-là. Cependant, elles ont également souligné que Lafarge reste sous le coup d’une mise en examen pour complicité de crimes contre l’humanité. Sherpa a lancé un appel à la justice, se demandant : « À quand un procès ? » et a insisté sur l’importance d’examiner cette question devant un tribunal, après huit années d’instruction.
Cette décision judiciaire marque une étape significative dans une affaire qui a suscité un vif intérêt et des débats sur la responsabilité des entreprises dans des conflits armés. Le procès de Lafarge représente non seulement une action contre le financement du terrorisme, mais également un questionnement sur les pratiques éthiques au sein des multinationales opérant dans des zones de guerre.