Frédéric Pommier décrit dans son livre l’horreur des abus sexuels subis dans son enfance

Frédéric Pommier, journaliste de France Inter, prend la parole dans un ouvrage poignant intitulé Derrière les arbres, publié le 15 avril. À travers ce récit, il partage un secret douloureux qu’il porte depuis plus de quarante ans : les viols qu’il a subis durant son enfance, entre 4 et 7 ans. Quatre agresseurs présumés ont marqué son parcours, dont un ancien député-maire, contre lequel il a déposé plainte en 2023, une démarche qu’il a entrepris malgré la contestation des faits par l’accusé.

EN BREF

  • Frédéric Pommier révèle les abus sexuels dont il a été victime dans son livre.
  • Il accuse un ancien député-maire, qui conteste les faits.
  • Le récit soulève des questions sur la pédocriminalité et le silence qui l’entoure.

Le récit de Frédéric Pommier débute dans un cadre familial classique, celui d’un jeune garçon de quatre ans placé sous la responsabilité d’adultes supposés protecteurs. Le premier agresseur présumé est le compagnon de sa nourrice, suivi par le gardien de son immeuble, un adolescent rencontré à la piscine, et enfin, un homme politique ayant occupé des fonctions électives. Ces figures d’autorité, représentant divers milieux, incarnent un schéma tragique : celui d’adultes ayant accès à un enfant vulnérable.

Dans cet ouvrage, Pommier fait le choix de ne pas nommer ses agresseurs, les désignant plutôt comme ses « meurtriers ». Ce silence, bien que pesant, s’inscrit dans une logique juridique complexe, puisque les faits sont désormais prescrits. L’éditeur Flammarion précise d’ailleurs ce contexte dès l’introduction de son livre. Néanmoins, cela n’empêche pas le journaliste de porter plainte pour des faits d’agression sexuelle sur mineur en 2023.

La distinction entre plainte simple et plainte avec constitution de partie civile est cruciale dans cette affaire. Une plainte simple, comme celle déposée par Pommier, est transmise au procureur de la République, qui décidera d’engager ou non des poursuites, sans garantie d’instruction. Dans un contexte où les faits datent de plus de quarante ans, les obstacles sont nombreux : témoins disparus, absence de preuves matérielles et prescription des poursuites pénales.

Cette situation n’est pas unique. Le paysage judiciaire français a été marqué ces dernières années par des affaires de violences sexuelles impliquant des personnalités politiques. Toutefois, dans le cas de Frédéric Pommier, l’accusé n’est pas une célébrité du petit écran, mais un élu local, ce qui soulève des questions relatives aux relations de pouvoir et à la proximité.

Il est également significatif de noter que Derrière les arbres n’est pas un essai ni un livre d’enquête, mais un roman. Ce choix stylistique offre à l’auteur une distance narrative lui permettant de traiter des thèmes douloureux sans revivre l’horreur de manière directe. Ce procédé est souvent utilisé par des victimes cherchant à s’exprimer, car il rend leurs histoires accessibles sans les plonger à nouveau dans le traumatisme.

Le titre de l’ouvrage, Derrière les arbres, symbolise ce qui se déroule hors du regard, dans des lieux où la vigilance est absente. La nourrice, l’immeuble, la piscine, le bureau d’un élu sont autant d’espaces où les abus peuvent se perpétrer sans être remarqués. Des cas récents, comme celui de plusieurs individus jugés à Caen pour des violences sur mineurs, rappellent que ces crimes se produisent souvent dans des contextes banals.

À 50 ans, Frédéric Pommier rejoint une voix de plus en plus audible parmi les victimes d’abus sexuels qui choisissent de témoigner des années après les faits. La législation française a évolué en 2018, allongeant le délai de prescription des crimes sexuels sur mineurs à trente ans après la majorité. Cependant, pour Pommier, cette réforme arrive trop tard, car les événements qu’il relate remontent aux années 1978 à 1981.

Quarante-trois ans séparent les faits de la plainte, un délai qui peut sembler vertigineux. Pourtant, c’est une situation fréquente dans les cas de pédocriminalité. Les spécialistes expliquent que les enfants victimes de violences avant l’âge de sept ans n’ont souvent pas les mots pour décrire leurs souffrances. Leur mémoire peut être fragmentée, parfois dissimulée derrière une amnésie traumatique, avant de resurgir à l’âge adulte.

Les profils des agresseurs de Pommier illustrent un phénomène bien documenté : la concentration de prédateurs autour d’un même enfant. Les études en victimologie montrent qu’un enfant déjà abusé devient plus vulnérable aux agressions ultérieures, car les premiers traumatismes altèrent sa capacité à identifier le danger et à demander de l’aide.

La position sociale de l’un des agresseurs, un élu, ajoute une dimension supplémentaire à cette affaire. Denoncer un notoire dans une petite commune, surtout dans les années 1970-1980, était impensable. Un enfant abusé par une figure d’autorité politique affrontait un mur de crédibilité que peu d’adultes auraient osé briser à l’époque.

Bien que le livre de Frédéric Pommier n’influe pas sur le cadre légal, il ouvre un débat essentiel sur la mémoire collective concernant la pédocriminalité en France. Son témoignage, même sous forme romancée, revêt un poids émotionnel que peu d’ouvrages peuvent revendiquer. Il ne cherche pas le scandale, mais relate simplement ce qu’il a vécu, ce que quatre hommes ont infligé à un enfant de 4 ans. Cette approche, empreinte de simplicité, peut s’avérer dévastatrice dans son impact.