Un descendant d’armateurs négriers s’excuse pour les actes de ses ancêtres à Nantes

Près de trois siècles après la traite négrière, un geste inédit a eu lieu à Nantes. Pierre Guillon de Princé, âgé de 85 ans, a présenté des excuses publiques pour les actes de ses ancêtres, devenant ainsi le premier descendant d’armateurs négriers français à faire une telle déclaration. Cet événement a eu lieu le samedi 18 avril, lors de l’inauguration d’un espace mémoriel dédié à l’esclavage colonial sur l’île de Nantes.

EN BREF

  • Pierre Guillon de Princé s’excuse au nom de ses ancêtres armateurs négriers.
  • Il annonce un don de 5 000 euros à l’association Haïti Futur.
  • Ce geste symbolique vise à soulager la mémoire des victimes de l’esclavage.

Face à un public composé de figures telles que Louino Volcy et Dieudonné Boutrin, Pierre Guillon de Princé a exprimé sa volonté de reconnaître l’histoire de sa famille. « C’est un soulagement pour moi, de pouvoir présenter mes excuses pour les actes de mes ancêtres », a-t-il déclaré, en se référant à l’héritage de ses ancêtres, Daniel Jean Guillon et Jean Baptiste Christophe Guillon. Ces derniers ont armé six navires entre 1766 et 1789, participant ainsi à la traite atlantique triangulaire, qui a arraché 4 500 captifs de leur terre natale, dont plus de 200 ont perdu la vie en mer.

Ce moment de réconciliation et de prise de conscience a été précédé par une rencontre en 2021 avec Dieudonné Boutrin, descendant d’esclaves et fondateur de l’association La Coque Nomade-Fraternité. « Cette rencontre m’a permis de concrétiser mon désir d’agir pour une justice réparatrice », a-t-il confié.

Les excuses de Pierre Guillon de Princé ne se limitent pas à un simple acte symbolique. Elles s’adressent à l’ensemble des communautés de la Caraïbe, en particulier au peuple d’Haïti, touché à la fois par l’esclavage et par la dette injuste qui lui a été imposée. « Je présente mes excuses pour l’impact du racisme sur leur vie quotidienne, leur santé et leur bien-être », a-t-il ajouté, soulignant l’importance de cette démarche dans le contexte actuel de lutte contre le racisme et les discriminations.

En complément de ses excuses, Pierre Guillon de Princé a annoncé un don de 5 000 euros à l’association Haïti Futur, en précisant que ce geste, bien que modeste, représente un soutien durable. « Ce montant n’est pas à la mesure des souffrances infligées aux populations victimes de l’esclavage colonial », a-t-il reconnu, tout en s’engageant à continuer de soutenir l’association par des prélèvements périodiques automatiques.

Ce geste historique marque une étape significative dans la reconnaissance des injustices passées et ouvre la voie à un dialogue nécessaire sur la mémoire collective. La prise de parole de Pierre Guillon de Princé est un appel à la réflexion sur l’héritage de l’esclavage et ses conséquences actuelles, illustrant la nécessité d’une justice réparatrice pour les descendants des victimes.

À travers cette initiative, l’octogénaire espère non seulement apaiser les blessures du passé, mais aussi encourager d’autres descendants d’esclavagistes à prendre conscience de leur histoire et à agir pour un avenir plus juste.