Fraude sociale : la Cnaf enregistre 508 millions d’euros récupérés en 2025 grâce à un algorithme

La lutte contre la fraude sociale a pris une tournure significative en 2025, avec la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf) annonçant avoir détecté 508,8 millions d’euros de fraudes. Ce montant représente une hausse de 13 % par rapport à l’année précédente, une augmentation que l’organisme attribue à l’automatisation de ses vérifications et à l’utilisation d’un algorithme controversé.

EN BREF

  • 508,8 millions d’euros de fraude détectés par la Cnaf en 2025, soit +13 % par rapport à 2024.
  • 29,2 millions de contrôles réalisés, dont 27,7 millions automatiquement grâce à un algorithme.
  • Des associations dénoncent un sur-contrôle des allocataires en difficulté à cause de ce système.

La Cnaf, qui distribue chaque année près de 100 milliards d’euros d’aides à environ 13,5 millions de foyers, a élargi ses efforts de contrôle en mettant en place un système de vérification plus moderne. En 2025, elle a effectué 29,2 millions de contrôles, dont une grande majorité, soit 27,7 millions, ont été réalisés de manière automatique. Cette automatisation repose sur la vérification des informations fournies par les allocataires auprès d’organismes partenaires tels que France Travail ou les impôts.

Deux avancées majeures ont permis d’améliorer ces contrôles. D’une part, la Cnaf a instauré des déclarations de ressources préremplies pour les bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA) et de la prime d’activité. Ces déclarations sont alimentées par des informations transmises directement par les employeurs et divers organismes. D’autre part, un algorithme a été mis en place pour cibler les allocataires à contrôler, un système qui a soulevé des critiques de la part d’associations engagées dans la lutte contre la pauvreté.

La Ligue des droits de l’Homme (LDH) a notamment dénoncé ce système, arguant que l’algorithme attribue à chaque allocataire un score de suspicion. Ce score est utilisé pour sélectionner les personnes à contrôler. Selon la LDH, certains facteurs, tels que des revenus faibles ou la perception d’allocations comme le RSA ou l’allocation adulte handicapé (AAH), augmentent ce score de suspicion, conduisant à un sur-contrôle des populations vulnérables.

« En sécurisant à la source les données, la modernisation des déclarations réduit le risque et permet le déploiement d’une politique de contrôle plus ciblée et donc efficace », a déclaré Nicolas Grivel, directeur général de la Cnaf. Cette approche vise à rendre les contrôles plus efficaces, mais elle suscite également des inquiétudes quant à l’équité du traitement des allocataires.

Les résultats de ces contrôles sont significatifs. En 2025, la Cnaf a réussi à régulariser un montant total de 1,68 milliard d’euros. Parmi cette somme, 1,27 milliard d’euros a été versé à tort aux allocataires, suite à des erreurs, qu’elles soient volontaires ou non. Le reste, soit 408,9 millions d’euros, correspond à des sommes remboursées par les allocataires.

Les sanctions pour fraudes sont claires : elles peuvent aller des pénalités administratives jusqu’à des dépôts de plainte dans les cas les plus graves. Ce renforcement des contrôles, bien que justifié par des résultats probants, interroge sur la manière dont les données des allocataires sont utilisées et sur l’impact que cela peut avoir sur les populations les plus vulnérables.

La question demeure : jusqu’où peut-on aller dans la lutte contre la fraude sans nuire à ceux qui en ont le plus besoin ? La Cnaf se trouve à la croisée des chemins, entre efficacité et équité.