Impact des informations anxiogènes sur le cerveau : conseils d’une psychologue

Dans un monde où l’information circule à une vitesse fulgurante, il devient difficile de garder du recul face à un flux constant de nouvelles potentiellement anxiogènes. Marie-Estelle Dupont, psychologue clinicienne spécialisée en psychopathologie et neuropsychologie, nous éclaire sur le mécanisme sous-jacent à cette anxiété croissante, ainsi que sur les moyens de s’en protéger.

EN BREF

  • Les informations anxiogènes perturbent le fonctionnement normal du cerveau.
  • Une exposition répétée augmente l’anxiété, le stress et les comportements à risque.
  • Il est crucial d’adopter des stratégies pour gérer son exposition médiatique.

Le stress, qui constitue une réaction naturelle de l’organisme face à un danger, devient problématique lorsque notre cerveau est continuellement soumis à des stimulations. Notifications incessantes, fil d’actualité saturé, chaînes d’informations en boucle : toutes ces sources altèrent notre capacité à sentir, penser et discerner. En conséquence, l’anxiété s’installe, perturbant notre sommeil, notre concentration et notre humeur.

Selon Marie-Estelle Dupont, la banalisation des événements violents, par exemple, nous mène à deux réactions possibles. D’une part, nous pouvons devenir anesthésiés, détachés des émotions. D’autre part, nous pouvons nous retrouver en hypervigilance, anxieux même en l’absence de danger immédiat. Ce dernier état n’est pas sans conséquences : il perturbe notre concentration et épuise notre organisme.

Cette hyperréactivité du cerveau s’explique notamment par l’effet des « neurones miroirs ». Notre cerveau, en observant des événements traumatiques, réagit comme s’il les vivait réellement. Cette capacité d’empathie, bien que précieuse, nous rend vulnérables face à des images de violence ou de souffrance, qui peuvent nous marquer durablement.

Les recherches mettent en évidence l’impact négatif d’une exposition répétée à des contenus anxiogènes. Cette exposition entraîne une augmentation des niveaux d’anxiété, de stress, mais également des symptômes dépressifs et un sentiment d’impuissance. Les conséquences vont même jusqu’à affecter notre comportement, comme une consommation accrue d’alcool ou d’autres substances. Près de 50 % des personnes exposées à ces informations montrent des signes d’addiction à l’information, surtout en période de crise.

Ce phénomène est mesurable : les sujets exposés à des contenus négatifs présentent une activation physiologique accrue, comme une fréquence cardiaque élevée et une conductance cutanée. De plus, les études épidémiologiques révèlent une forte comorbidité entre troubles anxieux et addictions, souvent supérieure à 50 %.

Un autre point souligné par Marie-Estelle Dupont est le rôle de l’amygdale, la région du cerveau responsable de la gestion de la peur. Une exposition continue à des contenus anxiogènes peut entraîner un dérèglement de cette région, ce qui empêche les centres cérébraux associés à la rationalité de fonctionner correctement. Cela a un impact direct sur notre santé physique : moins de mouvement, une récupération altérée et un sommeil perturbé.

Il est donc essentiel d’apprendre à identifier ce qui déclenche notre anxiété et ce qui nous aide à nous en libérer. Nourrir des pensées et des émotions positives est crucial pour notre bien-être. Éviter de fuir la réalité ou de se laisser abattre est tout aussi important. Le découragement ne doit pas nous empêcher d’agir sur ce qui dépend de nous.

Il est possible de s’informer sans se laisser submerger par le stress. Marie-Estelle Dupont recommande de garder un certain recul face à l’information. Cela implique de faire des pauses, de choisir des moments précis pour s’informer et de ne pas céder à l’urgence de l’actualité. Une approche réfléchie permet de conserver une vision d’ensemble plutôt que de se laisser happer par un torrent d’images et de commentaires stressants.

Enfin, il est utile de rappeler que voir et savoir sont deux choses distinctes. Une prise de conscience de ses propres limites d’exposition à l’information peut aider à mieux gérer son bien-être mental. En cultivant cet espace de réflexion, chacun peut apprendre à naviguer dans un monde d’informations tout en préservant sa santé mentale.

Marie-Estelle Dupont est également présente sur Europe 1 dans l’émission « Et si on en parlait ! », où elle aborde des sujets liés à la parentalité, à l’éducation et à la santé mentale.