Alors que les prix à la pompe augmentent à nouveau en raison des tensions au Moyen-Orient, Pierre Moscovici, ancien ministre de l’Économie et membre de la Cour des comptes européenne, a partagé un constat alarmant dans une interview accordée au Parisien. Selon lui, l’État français n’a plus les moyens d’assister financièrement les automobilistes, et les chiffres qu’il avance illustrent les conséquences de cette situation sur le quotidien des ménages.
EN BREF
- Pierre Moscovici affirme que l’État français ne peut plus soutenir les ménages face à la hausse des carburants.
- La France accumule des déficits qui limitent sa capacité d’intervention, contrairement à l’Allemagne.
- Les ménages pourraient faire face à des hausses annuelles de 250 à plus de 2 000 euros selon leur situation géographique.
Pierre Moscovici ne mâche pas ses mots : « Nous n’avons plus de marges de manœuvre » budgétaires. Il souligne ainsi la dégradation des finances publiques françaises, qui rendent impossible une aide similaire à celle mise en place par l’Allemagne, où une ristourne de 17 centimes par litre a coûté environ 2 milliards d’euros. « La différence entre eux et nous, c’est qu’ils en ont encore les moyens », résume-t-il.
La France, de son côté, est confrontée à un déficit public qui l’empêche d’adopter des mesures comparables. Un rapport de la Cour des comptes, publié en mars 2024, a évalué à 36 milliards d’euros le coût net du bouclier tarifaire instauré entre 2021 et 2024. Moscovici s’interroge : ces sommes ont-elles réellement profité aux Français ? Son verdict est cinglant. Selon lui, ce dispositif a principalement bénéficié aux énergéticiens plutôt qu’aux ménages.
« Tout ce qui a suivi a été une prolongation excessive qui a eu des effets massifs sur les finances publiques », déclare-t-il. Le remède d’hier se transforme ainsi en poison aujourd’hui, et les propositions politiques actuelles ne semblent guère l’enthousiasmer. La France insoumise propose un blocage des prix, tandis que le Rassemblement national prône une baisse des taxes sur les carburants. Moscovici rejette ces options, soulignant les coûts exorbitants que cela impliquerait.
Il calcule que baisser les taxes coûterait 1 milliard d’euros par mois, soit 12 milliards d’euros par an, un montant insoutenable pour un budget déjà déficitaire. Au-delà des considérations budgétaires, il met en avant l’urgence écologique : réduire les taxes sur les carburants fossiles enverrait un signal contre-productif en freinant la transition vers des énergies plus durables.
Concernant les mesures permanentes, il s’inquiète de leur imprudence : « Nous n’en avons pas les moyens ». Les ménages français devront donc composer avec l’augmentation des coûts de l’énergie. Moscovici expose l’impact de cette hausse sur différents profils de ménages :
- Profil urbain : Une personne vivant en ville, utilisant peu sa voiture, verrait ses dépenses énergétiques augmenter d’environ 250 euros par an.
- Profil périurbain : Un couple avec deux voitures en zone périurbaine subirait un surcoût d’environ 1 000 euros par an.
- Profil rural : Une famille vivant en zone rurale, utilisant du fioul pour le chauffage, pourrait voir sa facture dépasser 2 000 euros par an.
Ces chiffres révèlent un fossé croissant entre la France des métropoles et celle des zones rurales. La promesse d’une aide de 50 euros pour les gros rouleurs paraît dérisoire face à ces montants. Les chèques énergie du gouvernement ne couvriront qu’une fraction des dépenses réelles. Pendant ce temps, d’autres pays européens adoptent des mesures plus généreuses. L’Allemagne continue de subventionner, tandis que l’Espagne a réduit sa TVA sur les carburants.
En France, malgré quelques initiatives privées comme les prix plafonnés chez TotalEnergies, la situation reste préoccupante. Les négociations avec l’Iran échouent et le prix du baril de pétrole grimpe, laissant présager une dégradation de la situation du gazole dans les semaines à venir.
Le message de Moscovici est clair : aucune nouvelle aide ne sera mise en place. L’État privilégie le désendettement à un soutien direct, une logique qui, bien que jugée nécessaire par certains économistes, laisse les ménages face à une hausse inéluctable. Pour les automobilistes les plus touchés, les options se réduisent à des alternatives telles que le covoiturage ou le passage à l’électrique. Cependant, le coût initial d’achat reste un obstacle majeur.
Lorsque Pierre Moscovici, ancien ministre de l’Économie, déclare que l’État « n’a plus les moyens », il est crucial d’écouter. La question n’est plus de savoir si les Français devront payer plus cher, mais combien, et pour combien de temps encore.