Le tribunal de Marseille a requis lundi une peine de quatre ans de prison, dont trois avec sursis, à l’encontre de David Bertin, un investisseur immobilier de 42 ans. Ce dernier est accusé d’avoir loué des appartements dans des conditions dangereuses pour la vie des occupants, illustrant ainsi une affaire emblématique de la lutte contre l’habitat indigne dans la ville.
EN BREF
- Quatre ans de prison requis contre un investisseur pour mise en danger de la vie d’autrui.
- David Bertin a continué à louer des appartements interdits malgré leur état dangereux.
- Le procès met en lumière des pratiques immobilières frauduleuses à Marseille.
David Bertin, propriétaire d’une trentaine d’appartements, a été incarcéré pendant près de quatre mois en 2019 après la tragédie survenue rue d’Aubagne, où huit personnes avaient perdu la vie dans l’effondrement d’un immeuble insalubre. Cet événement tragique a engendré une prise de conscience collective sur les conditions de logement à Marseille.
Malgré cela, Bertin a poursuivi ses activités en louant deux appartements d’un immeuble déjà frappé par un arrêté de péril en 2019. Le tribunal a mis en lumière un système complexe, où des prêts immobiliers étaient obtenus grâce à des faux documents, et où huit employés non déclarés, dont des femmes de ménage, étaient exploités. De plus, il a utilisé frauduleusement des subventions de l’Agence nationale de l’habitat (Anah).
Devant le tribunal, David Bertin a reconnu sa responsabilité dans la mise en danger de ses locataires ainsi que de ses employés, affirmant avoir « compris la leçon ». Son « empire immobilier », évalué à plus de 1,8 million d’euros, se composait de petits biens immobiliers achetés dans des immeubles vétustes, souvent divisés pour maximiser les profits.
Il avait également reçu plus de 243.000 euros de subventions de l’Anah pour rénover des appartements, avec l’engagement de les louer à des prix abordables. Cependant, après leur rénovation, ces logements étaient souvent proposés à des touristes, contournant ainsi les obligations sociales qui lui étaient imposées.
Les témoignages de deux femmes de ménage ont révélé des pratiques proches de « l’esclavagisme moderne », selon Me Samantha Graas, l’avocate de l’une d’elles. Ces femmes, en situation irrégulière, ont expliqué que leur logement servait de rémunération pour leur travail.
Quelques mois après sa sortie de prison, Bertin a remis en location un appartement pour lequel il avait reçu une interdiction d’habiter, encaissant un loyer de 450 euros d’un étranger également en situation irrégulière. Le procureur a donc requis une interdiction d’acquérir des biens immobiliers à des fins locatives et une interdiction définitive de gérer une société.
La défense de David Bertin est attendue pour prendre la parole mardi matin, alors que cette affaire soulève des questions cruciales sur la régulation du secteur immobilier à Marseille et la protection des locataires vulnérables.