Le détroit d’Ormuz est au cœur de l’actualité, alors que la tension entre les États-Unis et l’Iran s’intensifie. Ce lundi, Washington a lancé l’opération « Project Freedom » dans le but de libérer les 900 navires toujours coincés dans la région. Malgré cette initiative, environ 20 000 marins, dont des Français, restent bloqués dans le Golfe depuis le début de la crise israélo-américaine contre l’Iran, qui a débuté fin février.
EN BREF
- 20 000 marins coincés dans le Golfe, dont 50 Français sur trois navires.
- Conditions de vie acceptables, mais stress émotionnel important pour les marins et leurs familles.
- Appel urgent à la création d’un corridor maritime pour sécuriser le passage des navires.
Parmi les marins toujours en attente, Emmanuel Chalard, secrétaire général de la Fédération des officiers de la Marine marchande CGT (FOMM-CGT), souligne la présence de cinquante marins français, répartis sur trois navires. D’autres sources, comme le syndicat CFE-CGC Marine, évoquent un nombre de 27 marins français employés par diverses compagnies. Si ces marins sont bien approvisionnés, il n’en demeure pas moins que la situation est psychologiquement éprouvante.
« Les conditions de vie sont bonnes sur le plan matériel, mais le stress émotionnel est difficile à gérer », explique Julie Mazella, secrétaire générale de CFE-CGC Marine. Elle ajoute que, bien qu’il y ait des relèves de marins tous les deux à trois mois, beaucoup d’entre eux acceptent de prendre le relais par solidarité ou par crainte de perdre leur emploi. Cette dynamique souligne la précarité de la situation.
Les marins se trouvent dans un état d’incertitude face à une guerre à proximité. « Ils n’ont pas le droit d’aller sur le pont, de peur d’être touchés par des débris », précise Julie Mazella. Les syndicats sont mobilisés pour défendre les droits des marins, notamment en matière de rémunération et de sécurité. Emmanuel Chalard plaide pour un doublement des primes de risque et une garantie de rapatriement pour ceux qui le souhaitent.
La vie à bord n’est pas dénuée d’activité. « Un navire est comme une petite ville ; il y a toujours du travail à faire », souligne Mazella. Cependant, l’angoisse persiste. Chalard note une « incompréhension » chez les marins, qui se demandent pourquoi ils sont là, alors que leurs activités commerciales sont stoppées. « Nous ne sommes pas des militaires », rappelle-t-il, en dénonçant une « perte de sens » dans leur mission.
La situation est d’autant plus préoccupante pour d’autres marins, souvent employés sur des navires sous pavillon de libre immatriculation, comme ceux du Libéria ou du Panama. Ces conditions de travail précaires aggravent les difficultés déjà existantes. « Des centaines de marins sont abandonnés chaque mois, laissés sans vivres et sans billets de retour », alerte Chalard.
Les incidents en mer se multiplient. Au 24 avril, l’Organisation maritime internationale (OMI) a enregistré 29 incidents touchant des navires de commerce, entraînant la mort de dix marins et un disparu. Un cargo sud-coréen a récemment été touché par une explosion, sans faire de victimes, mais l’inquiétude demeure. Face à cette situation critique, Chalard appelle à la création d’un corridor maritime pour permettre aux navires de quitter la zone en toute sécurité.
Alors que les marins continuent d’attendre, la nécessité d’une solution devient de plus en plus pressante. Leurs droits, leur sécurité et leur santé mentale doivent être la priorité dans ce contexte de crise. Les syndicats restent mobilisés pour faire entendre leur voix et protéger ceux qui se trouvent en première ligne de cette situation inédite.