Violences sexuelles numériques : les mineurs de plus en plus exposés sur Internet

Un rapport alarmant publié par l’association e-Enfance/3018 met en lumière une réalité préoccupante concernant les violences sexuelles en ligne visant les mineurs. Ce document, diffusé ce lundi 11 mai, révèle que ces violences surviennent de plus en plus tôt, mettant en péril la sécurité des jeunes utilisateurs des réseaux sociaux.

EN BREF

  • Près d’un signalement sur quatre concerne des faits sexuels sur des mineurs.
  • Plus de 30% des cas signalés sont des sextorsions.
  • Une crise suicidaire est traitée tous les trois jours par la ligne d’écoute 3018.

Le rapport d’e-Enfance/3018, le premier de ce type, a été établi dans le cadre du règlement européen sur les services numériques (DSA). L’association a été désignée comme « signaleur de confiance » par l’Arcom en 2024, en raison de son expertise dans l’identification de contenus illégaux. Ce document met en avant un phénomène préoccupant : sur les 5 000 signalements effectués par l’association, près d’un quart concerne des violences à caractère sexuel impliquant des mineurs. Fait particulièrement inquiétant, une victime sur quatre a moins de 11 ans, alors que les réseaux sociaux sont censés interdire l’accès aux moins de 13 ans.

Les statistiques révèlent que le phénomène de la pédocriminalité, notamment par le biais de l’extorsion sexuelle, ou sextorsion, représente plus d’un tiers des cas signalés. Le cyberharcèlement suit de près, représentant également un tiers des signalements, tandis qu’un cas sur dix concerne la diffusion non consentie de contenus sexuels. Ces chiffres témoignent d’une réalité alarmante qui nécessite une attention urgente.

L’association décrit un schéma récurrent dans plus de la moitié des cas de prédation sexuelle. Ce schéma commence souvent par une prise de contact sur des plateformes publiques, suivie d’une transition vers des messageries privées moins régulées, telles que WhatsApp ou Telegram. C’est dans ces espaces que se déroulent des actes de grooming, de sextorsion et d’autres formes de pédocriminalité.

Une nouvelle forme de violence a également émergé : l’extorsion sexuelle à but d’humiliation. Les victimes, majoritairement des filles mineures, sont incitées à produire et à envoyer des contenus sexuels dégradants, souvent selon des scénarios élaborés par leurs agresseurs. Selon Véronique Béchu, directrice de l’Observatoire chez e-Enfance/3018, cette pratique constitue une « nouvelle forme de domination masculiniste », témoignant de la gravité de la situation.

Plus largement, l’experte souligne une multiplication des comportements violents, exacerbée par les dynamiques de certaines plateformes et l’utilisation de l’intelligence artificielle, impliquée dans plus d’un quart des cas de sextorsion. Les conséquences de ces violences sont graves. La ligne d’écoute 3018, chargée de traiter ces situations, fait état d’une « crise suicidaire tous les trois jours », un chiffre en hausse de 3 000 % en dix ans. Ce constat met en lumière l’urgence d’une réponse adaptée et efficace face à ces enjeux.

Les plateformes sociales semblent faire preuve d’une inaction préoccupante. Plus d’un contenu signalé sur deux reste accessible sur des réseaux comme Snapchat, YouTube et Facebook. Sur X, près de trois contenus sur quatre ne sont pas retirés, et souvent, aucune explication n’est fournie par les plateformes. Cette situation soulève des questions sur leur responsabilité dans la protection des jeunes utilisateurs.

En ce qui concerne TikTok, cette plateforme reçoit à elle seule un volume de signalements plus de trois fois supérieur à Instagram et plus de quatre fois supérieur à Snapchat. Malgré cela, TikTok a supprimé 845 contenus ou comptes signalés, atteignant un taux de suppression de 83 %.

Face à cette réalité alarmante, il est impératif d’agir. La sécurité des mineurs sur Internet doit devenir une priorité pour les plateformes numériques, mais également pour les législateurs et les parents. La sensibilisation et l’éducation des jeunes utilisateurs sont essentielles pour leur permettre de naviguer dans cet environnement complexe et souvent dangereux.