Le ministre de la Justice, GĂ©rald Darmanin, a revu Ă la baisse son projet de plaider-coupable criminel, initialement conçu pour dĂ©sengorger les tribunaux. Lors d’une rĂ©cente annonce, il a prĂ©cisĂ© que la plupart des crimes, y compris les viols, seraient dĂ©sormais exclus de ce dispositif. Ce changement, intervenu lors de l’examen de la rĂ©forme de la justice pĂ©nale, a pour but d’apaiser les inquiĂ©tudes des avocats et des associations de dĂ©fense des victimes.
EN BREF
- Gérald Darmanin exclut les crimes sexuels du plaider-coupable criminel.
- Le projet vise à réduire les délais de jugement, mais conserve des limites.
- Des avocats se fĂ©licitent d’Ă©coutes, mais soulĂšvent des prĂ©occupations sur les droits fondamentaux.
La mesure phare de la rĂ©forme, qui doit ĂȘtre examinĂ©e par l’AssemblĂ©e nationale le 29 juin aprĂšs son adoption par le SĂ©nat, visait Ă introduire une procĂ©dure de jugement pour les crimes reconnus, mais a suscitĂ© une forte opposition. Les avocats de France et des associations de lutte contre les violences sexuelles ont Ă©mis des rĂ©serves sur la portĂ©e initiale du projet, qui incluait des crimes graves.
Dans un courrier adressĂ© aux organisations d’avocats et aux partis politiques, Darmanin a proposĂ© d’Ă©largir le pĂ©rimĂštre d’application du dispositif, mais celui-ci ne concernerait plus que les coups mortels et les braquages, des infractions relevant de la cour criminelle. Il a Ă©galement suggĂ©rĂ© d’exclure tous les crimes sexuels, ce qui reprĂ©sente une rĂ©ponse significative aux prĂ©occupations exprimĂ©es.
Louis Degos, bĂątonnier de Paris, a saluĂ© cette annonce, affirmant que cela montre que les voix des avocats et des victimes ont Ă©tĂ© entendues. Il a notĂ© que 70 % des dossiers criminels initialement concernĂ©s portaient sur des viols, rĂ©duisant considĂ©rablement le champ d’application du dispositif. Julie Couturier, prĂ©sidente du Conseil national des barreaux, a Ă©galement exprimĂ© sa satisfaction, soulignant l’importance d’Ă©couter les arguments de la profession et des victimes.
La Chancellerie a prĂ©cisĂ© que le dispositif ne concernerait plus que quelques dizaines de cas par an, principalement en Ăle-de-France et dans le Sud-Est, des affaires de violences ayant entraĂźnĂ© la mort sans intention de la donner ou de simples braquages. Auparavant, il Ă©tait estimĂ© que 10 Ă 15 % des dossiers criminels pourraient ĂȘtre traitĂ©s par cette procĂ©dure.
La mise en place du plaider-coupable criminel avait été envisagée comme une solution pour réduire le stock de prÚs de 6 000 dossiers criminels en attente de jugement. En effet, les délais de traitement des affaires sont alarmants : il faut en moyenne six ans pour juger un viol et huit ans pour un homicide. Cela pose un risque important de libération de prévenus dangereux avant leur jugement.
Un avocat, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a accueilli favorablement ce « recul » dans le projet, tandis que Louis Degos a mentionnĂ© que Darmanin semblait s’engager dans une phase expĂ©rimentale. Selon la Chancellerie, appliquer le dispositif dans un pĂ©rimĂštre rĂ©duit pourrait dĂ©montrer qu’il est possible d’Ă©tablir un plaider-coupable tout en respectant les droits de chacun.
Anne-CĂ©cile Mailfert, prĂ©sidente de la Fondation des femmes, a Ă©galement saluĂ© cette nouvelle orientation, rappelant que le procĂšs public est essentiel pour faire justice aux victimes. Elle a citĂ© le procĂšs PĂ©licot comme un exemple de l’importance de la transparence dans le systĂšme judiciaire.
Cependant, l’engorgement des tribunaux demeure un problĂšme majeur. Louis Degos appelle Ă des moyens supplĂ©mentaires en termes de magistrats pour faire face Ă la charge de travail. Quant Ă Julie Couturier, elle s’interroge sur l’efficacitĂ© du plaider-coupable criminel, en soulignant que les dĂ©saccords persistent, notamment sur les dĂ©lais imposĂ©s aux avocats pour les requĂȘtes en nullitĂ©.
La procĂ©dure de plaider-coupable criminel, qui repose sur une reconnaissance intĂ©grale des faits par l’accusĂ©, permettrait une rĂ©duction des peines et une audience plus rapide. Toutefois, cette possibilitĂ© soulĂšve des questions importantes sur les droits fondamentaux et sur la maniĂšre dont la justice est rendue.