Darmanin propose une révision de sa réforme du plaider-coupable face aux avocats

Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, amorce un changement significatif dans sa réforme du plaider-coupable, une mesure controversée qui suscite une vive opposition parmi les avocats pénalistes et les associations de défense des victimes. Face à une colère persistante, il propose d’en réduire considérablement le champ d’application.

EN BREF

  • Darmanin annonce une réduction du champ d’application du plaider-coupable.
  • Les viols et les crimes jugés aux assises seront exclus de la procédure.
  • Cette réforme vise à désengorger une justice pénale en souffrance.

Le plaider-coupable, jusqu’alors prévu pour s’appliquer à certains crimes, a pour but de permettre à un accusé reconnaissant les faits de bénéficier d’une peine négociée et réduite d’un tiers, évitant ainsi le procès classique. Ce mécanisme, inspiré d’une procédure déjà en cours pour des délits, devait initialement s’étendre aux affaires jugées aux assises et en cour criminelle.

Pour que cette procédure soit appliquée, l’accord du parquet, de la victime et de l’accusé est requis. Le but affiché par le ministère de la Justice était d’accélérer des procédures judiciaires qui sont devenues extrêmement longues. Les délais de jugement s’étendent aujourd’hui à une moyenne de six ans pour les viols et huit ans pour les homicides.

Dans un courrier adressé aux avocats et aux partis politiques, Gérald Darmanin a finalement annoncé vouloir exclure les viols et tous les crimes relevant des cours d’assises de cette nouvelle procédure, réduisant ainsi son champ d’application. Ce dispositif ne concernerait plus que certains crimes jugés devant les cours criminelles départementales, tels que les coups mortels ou certains braquages.

Cette concession de Darmanin constitue un revirement majeur par rapport à ce qui était jusqu’ici la mesure phare du projet de loi SURE, destiné à désengorger une justice pénale en proie à des retards chroniques. Selon la Chancellerie, cette nouvelle version de la réforme ne devrait toucher que « quelques dizaines de dossiers par an ». Ce changement intervient après des semaines de tensions avec les avocats pénalistes, qui perçoivent cette réforme comme une menace pour le procès criminel traditionnel.

La controverse a atteint son paroxysme lors du procès en appel de Nicolas Sarkozy, où des avocats ont dénoncé un texte que beaucoup jugent comme une installation d’une justice « expéditive » et « à deux vitesses ». Les opposants s’inquiètent du fait que des accusés puissent choisir de plaider coupable pour éviter des peines plus lourdes, négligeant ainsi le débat judiciaire essentiel. De plus, plusieurs avocats et associations de victimes estiment que ces procédures raccourcies risquent de priver les victimes d’un moment crucial de reconnaissance devant la justice.

Dans son courrier, Gérald Darmanin a exprimé le souhait d’agir « dans un esprit de conciliation ». Cette approche vise à sauver une réforme à laquelle certains magistrats restent attachés. Par ailleurs, plusieurs professionnels de la justice continuent de soutenir ce dispositif, convaincus qu’il pourrait contribuer à éviter une embolie du système pénal, alors que près de 6 000 dossiers criminels attendent actuellement d’être jugés en France, avec des risques de remise en liberté avant même la tenue des procès.

Le projet de loi doit maintenant être débattu à l’Assemblée nationale le 29 juin, marquant une étape cruciale dans la mise en œuvre de cette réforme et dans la gestion de la crise actuelle de la justice pénale française.