Les investigations à l’encontre de Fabrice Leggeri, eurodéputé du Rassemblement national (RN) et ancien directeur de l’agence Frontex, sont officiellement lancées par le tribunal judiciaire de Paris. Accusé par plusieurs associations de complicité de crimes contre l’humanité et de torture, M. Leggeri est suspecté d’avoir dirigé des opérations de « chasse aux migrants » durant son mandat à la tête de Frontex, de janvier 2015 à avril 2022.
EN BREF
- Fabrice Leggeri est accusé de complicité de crimes contre l’humanité.
- Une enquête a été ordonnée par la cour d’appel de Paris.
- Les associations pointent des refoulements illégaux de migrants.
La décision d’ouvrir cette information judiciaire a été prise après un long parcours procédural, comme l’a annoncé l’AFP. Les plaintes déposées par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et Utopia 56, qui accusent l’ancien patron de Frontex d’avoir encouragé des interceptions d’embarcations de migrants par les autorités libyennes et grecques, ont conduit à cette enquête.
Initialement, le Parquet national antiterroriste avait jugé ces plaintes irrecevables. Cependant, la chambre de l’instruction de la cour d’appel a réévalué la situation, statuant qu’une enquête approfondie était nécessaire. Ce revirement judiciaire pourrait permettre d’établir les responsabilités de Frontex et de son ancien directeur face aux accusations graves qui pèsent sur eux.
Les critiques à l’encontre de Fabrice Leggeri ne sont pas nouvelles. Pendant son mandat à la tête de Frontex, il a été fréquemment dénoncé par des ONG pour son rôle dans des opérations de refoulement illégales, contribuant à rendre les frontières européennes plus hermétiques. Selon les plaintes, Leggeri aurait incité ses agents à faciliter des interceptions de migrants, exposant ainsi des milliers de personnes à des risques considérables de violations des droits humains.
Me Emmanuel Daoud, avocat de la LDH, a exprimé son soulagement suite à l’ouverture de l’enquête, soulignant l’importance d’examiner la complicité éventuelle de Frontex dans les crimes commis par les garde-côtes grecs et libyens. Il a rappelé que plusieurs milliers de migrants ont été refoulés vers des pays où ils risquent des abus tels que des viols et des tortures.
Les statistiques sont alarmantes : depuis 2014, environ 82 000 migrants sont décédés ou portés disparus, principalement en Méditerranée, qui demeure la route migratoire la plus meurtrière au monde. Ce chiffre est probablement sous-estimé, d’après des rapports d’organisations internationales, qui dénoncent des « violations graves » des droits humains dans les centres de détention en Libye.
Les ONG continuent d’alerter sur le fait que les moyens maritimes de surveillance de Frontex ont été progressivement remplacés par des moyens aériens, ce qui a conduit à une intervention accrue des garde-côtes libyens, souvent en lieu et place des garde-côtes italiens ou maltais, suscitant ainsi de vives critiques sur les pratiques de gestion des flux migratoires en Méditerranée.
Cette enquête pourrait marquer un tournant dans la manière dont les institutions européennes et leurs dirigeants sont tenus responsables de leurs actions, particulièrement dans le cadre de la gestion des migrations en Europe. La justice française a désormais la responsabilité d’examiner en profondeur ces allégations, qui touchent à des questions essentielles de droits de l’homme et de dignité humaine.