Manon, 30 ans, donne ses ovocytes pour répondre à la pénurie en France

À 30 ans, Manon a pris la décision audacieuse de donner ses ovocytes, un geste qui met en lumière la crise de disponibilité des gamètes en France. Son histoire illustre à la fois l’urgence d’une situation et les motivations sincères des donneurs dans un système de procréation médicalement assistée (PMA) en pleine évolution.

EN BREF

  • Manon, 30 ans, a décidé de donner ses ovocytes pour aider des couples en attente.
  • La demande d’ovocytes a considérablement augmenté depuis l’élargissement de la PMA en 2021.
  • 3,3 millions de personnes souffrent d’infertilité en France, soit un couple sur quatre.

Manon et Simon, deux jeunes adultes, n’ont à première vue rien en commun, si ce n’est un minuscule fragment d’ADN conservé à -196 degrés dans les cuves du Cecos (Centre d’assistance médicale à la procréation) du CHU de Rennes. Ce système, qui recueille et stocke les ovocytes et spermatozoïdes, est en proie à une crise sans précédent, alors que la demande ne cesse d’augmenter.

Dans un récent épisode du podcast « Les gens du coin », Manon dévoile son parcours et ses motivations. « Ça me rend heureuse d’aider, voilà tout », déclare-t-elle, expliquant comment son intérêt s’est éveillé lors d’une attente chez le médecin. Une affiche sur le don d’ovocytes a attiré son attention, et sans trop réfléchir, elle s’est lancée dans cette démarche. « Je veux dire, j’ai des ovocytes, prenez-les. »

En 2025, la France a enregistré un nombre record de 1 050 donneuses d’ovocytes, selon l’Agence de la biomédecine. Paradoxalement, la demande a explosé depuis l’élargissement de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules. Actuellement, 2 700 personnes sont en attente d’un don, avec un délai d’attente moyen de 22 mois.

Le manque de communication autour du don et les procédures jugées lourdes sont souvent pointés du doigt. « Nous faisons des efforts pour attirer de nouvelles donneuses », affirme Marc-Antoine Belaud-Rotureau. Manon, après avoir commencé le processus, a dû retracer l’historique médical de sa famille, ce qui a ajouté une complexité à sa démarche. « Certes, il y a aussi les piqûres, les rendez-vous, mais ça ne m’a pas dérangée », précise-t-elle.

Les chiffres concernant la donation de spermatozoïdes sont également préoccupants. En 2025, il y a eu 1 015 donneurs, mais comme pour les ovocytes, la demande dépasse largement l’offre. « Les pénuries de gamètes et le délai d’attente croissant reflètent un problème démographique plus large lié à l’infertilité et à l’âge avancé des femmes lors de leur première grossesse », explique un médecin du Cecos.

Actuellement, 3,3 millions de personnes en France souffrent d’infertilité, représentant un couple sur quatre. Cette problématique est exacerbée par le fait que les femmes accouchent désormais de leurs premiers enfants à un âge de plus en plus avancé, avec une moyenne de 28,5 ans en 2015, contre 25 dans les années 1970. « Biologiquement, une grossesse tardive peut entraîner plus de complications », met en garde le chef du service du Cecos.

La pression sur les Cecos est de plus en plus forte. « Si le podcast peut susciter l’intérêt de nouveaux donneurs, ce sera une victoire », conclut Ségolène Veau, biologiste au Cecos. La sensibilisation à ces enjeux cruciaux peut jouer un rôle essentiel dans l’amélioration de la situation actuelle.

Dans cette quête de solutions, les témoignages comme celui de Manon deviennent essentiels pour faire évoluer les mentalités et encourager d’autres jeunes à envisager le don comme un acte de solidarité.