Depuis le début de la semaine, Donald Trump suscite des réactions vives parmi les élus, tant démocrates que républicains, en raison de la création d’un fonds destiné aux Américains se considérant comme persécutés par le gouvernement. Ce fonds, baptisé « anti-instrumentalisation », a été mis en place suite à une plainte du milliardaire contre l’Internal Revenue Service (IRS), alimentant ainsi les accusations de corruption au sein de l’administration.
EN BREF
- Donald Trump crée un fonds « anti-instrumentalisation » pour les victimes d’instrumentalisation politique.
- Le fonds, d’un montant de 1,776 milliard de dollars, suscite des inquiétudes de transparence et d’équité.
- Les élus, y compris des républicains, critiquent cette initiative qu’ils jugent inacceptable.
À l’origine de cette polémique se trouve une plainte déposée par Trump contre l’IRS, l’accusant d’avoir divulgué ses déclarations fiscales de 2015 à 2020. Cette fuite a révélé que, en 2016, le président n’avait payé que 750 dollars d’impôts, et en 2020, rien du tout. L’auteur de cette fuite, un employé d’un prestataire de l’IRS, a été condamné à cinq ans de prison en janvier 2024. Dans le cadre de cette affaire, Trump réclamait 10 milliards de dollars de dommages et intérêts.
Finalement, un accord a été conclu le 18 mai, permettant au ministère de la Justice de créer ce fonds destiné à traiter les plaintes pour « instrumentalisation » politique. Ce montant, choisi stratégiquement à 1,776 milliard de dollars, fait référence à l’année de la Déclaration d’indépendance des États-Unis.
Cependant, les conditions entourant ce fonds soulèvent de nombreuses interrogations. Qui pourra bénéficier de cette aide ? Quel sera le processus de paiement ? Quelle garantie de transparence sera assurée ? Le ministère de la Justice a seulement mentionné qu’une commission de cinq personnes, nommée par le ministre, se chargera de traiter les demandes jusqu’au 1er décembre 2028. Ce flou dans les modalités d’application a provoqué une onde de choc parmi les opposants qui redoutent que ce fonds ne serve à indemniser des émeutiers qui ont attaqué le Capitole.
Cette initiative n’a pas manqué de soulever l’ire des démocrates. Hillary Clinton a dénoncé une manœuvre visant à « créer une caisse noire pour récompenser ses alliés avec l’argent des contribuables ». Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat, a qualifié cette décision d’« abjecte ». Alexandria Ocasio-Cortez a également exprimé son indignation, parlant de « corruption pure et simple ». De plus, deux policiers qui avaient essayé d’empêcher l’assaut du Capitole ont porté plainte, accusant Trump de détourner des fonds publics pour soutenir des acteurs violents.
Fait rare, cette controverse a également suscité des réactions au sein du parti républicain. Le sénateur Bill Cassidy a exprimé son mécontentement en affirmant que les préoccupations des citoyens se concentrent sur des sujets quotidiens tels que le paiement des factures, plutôt que sur un fonds aussi controversé. John Thune, leader de la majorité républicaine au Sénat, a avoué qu’il n’était pas « très fan » de cette idée, tandis que Lindsey Graham, habituellement proche de Trump, a également exprimé des réserves, ne sachant pas comment interpréter cette initiative.
Le représentant républicain Brian Fitzpatrick a qualifié le fonds d’« inacceptable » et a, avec son homologue démocrate Tom Suozzi, proposé un texte visant à interdire l’utilisation de fonds fédéraux pour financer ce programme.
Le ministre de la Justice par intérim, Todd Blanche, ancien avocat de Trump, a tenté d’apaiser les craintes lors d’une audition. Il a assuré que l’argent ne serait pas attribué uniquement à des proches du président, tout en affirmant que « tout le monde est éligible à la demande ». Cette déclaration n’a pas suffi à rassurer les élus, qui ont exprimé leur méfiance.
Jeudi matin, une réunion entre Todd Blanche et les élus a eu lieu, marquée par des échanges houleux. Le New York Times a rapporté que des dizaines de sénateurs républicains avaient manifesté leur colère. Face à cette agitation, les dirigeants du parti ont décidé de reporter le vote d’un texte crucial, initialement prévu pour financer la lutte contre l’immigration.
Cette nouvelle polémique soulève des questions sur la gestion des affaires de Trump et sur les conséquences qu’elle pourrait avoir sur son mandat. Les enjeux financiers et politiques sont considérables, et la situation semble plus tendue que jamais au sein du paysage politique américain.