Protection de l’enfance : des listes noires d’adultes et d’adolescents en préparation

Le gouvernement français a récemment annoncé des mesures significatives pour renforcer la protection des enfants et des personnes vulnérables. À la suite de divers scandales liés aux violences sexuelles dans des institutions, une « liste noire » sera mise en place, visant à interdire l’accès aux établissements scolaires et sociaux aux personnes ayant des antécédents judiciaires, y compris les mineurs.

EN BREF

  • Une liste noire pour les adultes et mineurs de plus de 13 ans sera créée.
  • Les établissements scolaires et sociaux devront vérifier l’honorabilité de leurs intervenants.
  • Des attestations d’honorabilité seront délivrées plus fréquemment.

Ce mercredi, lors d’une conférence de presse, le gouvernement a détaillé un projet de loi qui sera examiné en juillet prochain. Cette initiative vise à établir une liste regroupant les individus ayant fait l’objet de plaintes, de signalements ou de condamnations pour des infractions sexuelles, violentes ou terroristes. Les acteurs concernés incluent non seulement les professionnels de l’éducation, mais également des bénévoles et d’autres intervenants dans des lieux accueillant des enfants, tels que les hôpitaux, les crèches, et les associations sportives.

Les fichiers existants, comme le casier judiciaire, le fichier des auteurs d’infractions terroristes (FIJAIT), et le fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles et violentes (FIJAISV), seront mis en commun, permettant ainsi une meilleure coordination entre l’Éducation nationale et la Justice. Cette initiative est supervisée par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil).

Stéphanie Rist, ministre de la Santé et de la Famille, a souligné l’importance de cette mesure, déclarant : « Si une personne a été interdite dans un secteur, elle ne pourra pas revenir dans un autre. C’est un enjeu majeur de politique publique. » Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a également appuyé cette réforme, affirmant qu’elle vise à garantir un environnement sûr pour les enfants.

Des contrôles accrus pour les intervenants

Les attestations d’honorabilité, qui garantissent l’absence de casier judiciaire et d’inscription au FIJAISV, deviendront obligatoires pour toute personne souhaitant travailler avec des enfants. Jusqu’à présent, ce contrôle était effectué uniquement en début de carrière. À partir de maintenant, il sera systématique et régulier.

De plus, pour les enfants placés en famille d’accueil, tout mineur de plus de 13 ans en contact avec l’enfant sera également soumis à un contrôle. Cette mesure vise à renforcer la sécurité des enfants, notamment dans les environnements familiaux.

La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) a salué cette avancée législative, soulignant qu’elle va au-delà du simple contrôle des professionnels en prenant en compte les environnements familiaux. Un constat qui se base sur des statistiques alarmantes, indiquant qu’un quart des auteurs de viols et de violences sexuelles sur mineurs seraient eux-mêmes mineurs.

Des voix critiques s’élèvent

Malgré ces annonces, certaines associations, comme Face à l’inceste, appellent à la prudence. Un porte-parole de l’association a déclaré : « Cette liste noire, ça rassure mais de nombreux agresseurs vont continuer à passer sous les radars. » Ils insistent sur la nécessité d’une approche plus préventive, notamment par l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars).

Les récents événements, notamment les révélations sur les violences sexuelles dans l’établissement Notre-Dame de Bétharram, ont ravivé les appels à un dispositif commun pour toutes les institutions accueillant des enfants. La Ciivise avait précédemment plaidé pour un tel système, similaire à la cellule Signal-Sports, qui a permis de mettre en cause plus de 1 500 personnes depuis sa création.

Le projet de loi, qui devrait être examiné lors d’une séquence extraordinaire à l’Assemblée nationale, représente une étape importante dans la lutte contre les violences faites aux enfants. Reste à voir si ces mesures seront suffisantes pour garantir la sécurité dans les environnements sensibles.