Arrestations de femmes à Hérat : la police des mœurs renforce son contrôle en Afghanistan

Les récents témoignages provenant de la ville de Hérat, en Afghanistan, révèlent une escalade des arrestations de femmes par la police des mœurs. Ces interpellations sont motivées par des accusations de non-conformité aux exigences vestimentaires imposées par les autorités talibanes. Les résidents de cette ville, qui ont souhaité garder l’anonymat, ont décrit des scènes alarmantes où des femmes étaient arrêtées pour ne pas porter le tchador ou la burqa, des vêtements qui couvrent intégralement le corps.

EN BREF

  • Des femmes arrêtées à Hérat pour non-respect du code vestimentaire
  • La mission onusienne exprime sa préoccupation face à cette situation
  • Les restrictions sur les femmes se sont durcies depuis le retour au pouvoir des talibans

Le ministre de la Propagation de la vertu et de la Prévention du vice, responsable de l’application de ces règles, a déclaré que « rien d’inhabituel » ne se produisait à Hérat. Il a insisté sur le fait que le code vestimentaire est un « commandement divin » et une loi en vigueur que son ministère est tenu d’appliquer. Cette réponse, loin de rassurer les habitants, a renforcé leur sentiment d’insécurité.

Les témoignages d’une jeune femme de 23 ans sont particulièrement révélateurs. Elle a observé deux agents du ministère, dont l’un était armé d’un fouet, faire monter dans un véhicule des femmes qui ne portaient pas le tchador, malgré le fait qu’elles aient revêtu des voiles islamiques. « Tout le monde a peur », a-t-elle déclaré, soulignant que la majorité des personnes arrêtées sont des femmes ne respectant pas cette obligation vestimentaire.

Un chauffeur de taxi de 20 ans a également constaté une forte diminution du nombre de femmes dans les rues de la ville. « On ne les voit plus du tout en ville », a-t-il précisé, ajoutant qu’il avait reçu des instructions de ne pas transporter de femmes n’étant pas correctement vêtues. Une femme de 33 ans a exprimé son désespoir face à cette situation : « Je suis profondément triste de voir que nous n’avons même plus le droit de respirer librement », a-t-elle déclaré, illustrant le climat de peur ambiant.

La mission des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a exprimé, ce dimanche, son inquiétude face à ces arrestations. Elle a qualifié ces détentions de préoccupantes, soulignant que ces actions vont à l’encontre des droits fondamentaux des femmes. Depuis le retour au pouvoir des talibans en août 2021, les restrictions à l’égard des femmes se sont intensifiées, avec une interprétation stricte de la loi islamique dictant que les femmes doivent être entièrement couvertes lorsqu’elles sortent de chez elles. Beaucoup portent désormais une longue robe abaya, accompagnée d’un voile islamique et d’un couvre-visage.

Cette situation à Hérat n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de répression des droits des femmes en Afghanistan. Au fil du temps, les autorités ont progressivement durci les règles, créant un environnement de plus en plus hostile pour les femmes. Les témoignages recueillis révèlent un sentiment général d’oppression et de peur, illustrant la réalité difficile à laquelle de nombreuses femmes afghanes sont confrontées.

Les arrestations récentes à Hérat mettent en lumière la nécessité d’une vigilance accrue de la communauté internationale face aux violations des droits humains en Afghanistan. Alors que le monde observe, la question demeure : jusqu’où les autorités talibanes continueront-elles d’imposer ces restrictions ? La lutte pour les droits des femmes en Afghanistan est loin d’être terminée, et chaque jour apporte son lot de défis.