Une policière témoigne des défis face à l’augmentation des dossiers sur les violences

Dans le cadre de son travail, une policière enquêtrice spécialisée dans les violences sur mineurs a récemment partagé son expérience avec France Info. Son témoignage met en lumière le défi croissant que représente le traitement des plaintes dans un contexte de surcharge de travail, où l’urgence de la situation entre souvent en conflit avec les ressources disponibles.

EN BREF

  • Une policière évoque la surcharge de travail avec 150 dossiers par personne.
  • Elle dénonce un logiciel obsolète et des procédures lourdes.
  • Le système judiciaire est en crise, impactant le traitement des affaires.

La policière, qui a souhaité conserver l’anonymat, explique que le nombre de dossiers qu’elle doit gérer a considérablement augmenté ces dernières années. “Avant, on avait à peu près entre 30 et 60 dossiers par personne. Là, dans notre brigade, on a 150 dossiers par personne”, souligne-t-elle. Ce flux massif de plaintes l’oblige à prioriser les cas, en se concentrant sur ceux où le risque pour la victime est le plus élevé, comme lorsque celle-ci est toujours en contact avec son auteur.

Elle compare son rôle à celui d’un médecin face à des urgences multiples. “On n’est pas en capacité de traiter tous les dossiers, il y en a trop… C’est comme si on était un médecin et qu’on avait trois arrêts cardiaques en même temps !” Cette métaphore illustre la pression et la frustration ressenties au quotidien par les enquêteurs.

Outre la surcharge de travail, la policière dénonce également les problèmes techniques qui compliquent encore davantage son action. “On a un logiciel de procédure qui est complètement obsolète, qui fonctionne mal. On passe beaucoup de temps à manipuler le logiciel plutôt qu’à enquêter concrètement”, explique-t-elle. Elle se souvient d’une mise à jour de ce logiciel qui a pris un an : “On devait faire un autre PV en plus du PV de garde à vue pour que ce soit conforme au texte”, confie-t-elle.

Ces défis techniques et organisationnels ont des conséquences graves sur la santé mentale des enquêteurs. “On a aussi la charge mentale des victimes qui nous recontactent. On leur explique qu’on est surchargé de travail, mais pour une victime, c’est son dossier qui compte, c’est normal ! Les victimes n’ont pas à subir nos difficultés”, déclare-t-elle avec empathie. Elle admet que cette pression peut avoir des répercussions sur sa propre santé.

Les statistiques sont préoccupantes. Selon Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, 3 millions de plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont actuellement en cours, soit une augmentation d’un million par rapport à il y a trois ans. La policière anonyme attribue cette situation à un “système qui ne fonctionne pas”. “On ne peut pas mettre une responsabilité sur un policier, un gendarme ou un procureur qui avait le dossier. C’est l’ensemble des tribunaux et des commissariats, des gendarmeries qui croulent sous les dossiers”, conclut-elle.

Ce témoignage poignant met en lumière les réalités complexes du travail policier face à des situations d’urgence croissantes, ainsi que la nécessité d’une réforme systémique pour permettre une meilleure prise en charge des victimes.