Canicule en prison : une détenue enceinte dénonce des conditions dangereuses

À sept mois de grossesse, Sarah B., détenue au centre pénitentiaire d’Orléans-Saran, a déposé une plainte pour mise en danger de la vie d’autrui contre l’administration pénitentiaire. En plein épisode de canicule, cette femme enceinte de son quatrième enfant décrit des conditions de détention qu’elle estime néfastes pour sa santé et celle de son bébé, entre une rupture de la poche des eaux, un transfert sous escorte, et un retour dans une cellule surchauffée.

EN BREF

  • Sarah B. dénonce des conditions de détention dangereuses pour sa santé et celle de son bébé.
  • Une rupture partielle de la poche des eaux a été constatée en cellule, entraînant un transfert tardif à l’hôpital.
  • Elle réclame une meilleure prise en charge et une cellule plus adaptée avant son accouchement.

Son avocate, Menya-Arab-Tigrine, souligne une situation d’urgence et met en avant le risque de décès pour la mère et l’enfant à naître. Cette plainte, bien qu’individuelle, soulève des questions plus larges concernant la prise en charge des femmes enceintes en prison, particulièrement lors de périodes de chaleur extrême.

Le terme de la grossesse de Sarah B. est prévu pour le 24 août. Dans la nuit du 19 au 20 juin, une rupture partielle de la poche des eaux a été constatée en cellule, ce qui a conduit à son transfert au CHU d’Orléans. Selon la plainte, ce transfert a été effectué avec un retard important et dans des conditions jugées inadéquates. L’administration pénitentiaire a expliqué que ce transfert était classé comme une escorte de niveau 4, réservée aux détenus considérés comme sensibles.

À l’hôpital, les médecins ont décidé d’une hospitalisation immédiate pour Sarah B. Cependant, elle déclare avoir été maintenue environ six heures dans une chambre jugée insalubre, sans recevoir les soins nécessaires. L’administration a de son côté décrit une chambre sécurisée, mais cette version est contestée par l’avocate de la détenue.

Après avoir signé une décharge, contre l’avis des soignants, Sarah B. a été renvoyée dans sa cellule de 9 m², sans climatisation. Déjà mère de trois enfants, avec des antécédents de grossesses compliquées, elle affirme ressentir de plein fouet les effets de la canicule. Son avocate évoque une chaleur accablante et dangereuse, propice aux infections dans le contexte d’une poche des eaux fissurée.

Menya-Arab-Tigrine a déclaré :

« Il faut imaginer la température qu’il fait dans 9 mètres carrés, sans climatisation, et les problèmes sanitaires que cela entraîne. »

Elle insiste sur le fait que les vies de sa cliente et de son bébé sont en danger immédiat depuis la fissure de la poche des eaux, nécessitant des mesures de protection.

La plainte a été formulée auprès du procureur de la République, ciblant spécifiquement la mise en danger de la vie d’autrui. L’avocate a également contacté la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté et la Défenseure des droits, demandant une expertise médicale urgente ainsi que la libération de sa cliente avant l’accouchement. À défaut, des conditions de détention améliorées sont requises, comprenant une cellule mieux ventilée, un accès permanent à de l’eau fraîche et une surveillance médicale accrue.

En réponse, l’administration pénitentiaire a rappelé que la prise en charge sanitaire des détenus est de la responsabilité exclusive des soignants et a affirmé que Sarah B. bénéficiait d’un suivi médical adapté à son état. Le centre d’Orléans-Saran dispose également d’un quartier « nursery » pour accueillir les mères et leurs bébés jusqu’à 18 mois, sous décision judiciaire. La détention provisoire de Sarah B., décidée par un juge des libertés et de la détention, sera réévaluée à l’approche de son terme.

Cette affaire met en lumière les défis auxquels sont confrontées les femmes enceintes en détention, et soulève des interrogations sur la nécessité d’améliorer leur prise en charge dans un contexte où la chaleur extrême peut avoir des conséquences dramatiques.