Les kiosques à journaux, emblématiques de Paris, sont souvent perçus comme de simples points de vente. Pourtant, leur couleur verte distinctive cache une décision d’urbanisme prise il y a plus de 150 ans, qui continue d’influencer le paysage de la capitale. Pourquoi ce vert, et non une autre couleur ? L’explication se trouve dans les choix esthétiques de l’époque du Second Empire, orchestrés par un homme : Georges Eugène Haussmann.
EN BREF
- Le vert des kiosques à journaux parisiens provient d’une décision de Haussmann.
- Ce choix vise à harmoniser l’espace urbain sans attirer l’attention.
- Paris compte actuellement environ 350 kiosques, un chiffre en baisse.
Une couleur pour l’harmonie urbaine
Pour comprendre le choix de cette teinte, il faut remonter au milieu du XIXe siècle. Sous la direction de Haussmann, Paris subit une transformation radicale, intégrant des éléments de mobilier urbain standardisés. Parmi ces éléments, les kiosques à journaux, qui faisaient jusqu’alors l’objet d’une vente anarchique, ont été institués pour réguler la vente de presse.
Le vert, connu sous le nom de « vert wagon », était déjà utilisé sur les wagons de chemin de fer et les infrastructures ferroviaires de l’époque. Ce choix n’était pas anodin : il permettait aux kiosques de se fondre dans la végétation parisienne et les infrastructures environnantes, créant ainsi une cohérence visuelle dans l’espace urbain. Le but était de ne pas saturer la vue avec des couleurs criardes, comme le rouge ou le jaune, qui auraient perturbé l’harmonie recherchée.
Un héritage en mutation
Le premier kiosque à journaux officiel date de 1857. Il fut installé par la municipalité pour encadrer la vente de journaux, permettant ainsi de mettre fin au désordre régnant dans les rues, où des « crieuses » vociféraient les nouvelles du jour. Ce nouveau point de vente fixe a marqué une avancée significative dans l’organisation de la vente de presse.
La forme arrondie du toit des kiosques n’est pas qu’une simple question esthétique. Elle fait référence aux pavillons chinois qui étaient en vogue dans les jardins bourgeois au XIXe siècle, un style importé lors des expositions universelles. Ainsi, ces kiosques ne sont pas seulement des points de vente, ils sont aussi le reflet d’une époque et d’une tendance architecturale.
Aujourd’hui, la ville compte environ 350 kiosques, un chiffre en déclin par rapport aux plus de 400 d’il y a dix ans. Cette diminution s’explique en partie par la baisse de la vente de presse papier, qui pousse de nombreux exploitants à abandonner ces points de vente. La mairie de Paris a d’ailleurs lancé plusieurs initiatives pour moderniser les kiosques tout en préservant leur silhouette et leur couleur emblématique.
Une singularité parisienne
Il est intéressant de noter que d’autres grandes villes, comme Londres et New York, affichent des modèles de kiosques très différents. À Londres, la presse se vend principalement dans des boutiques fermées, souvent aux couleurs vives, tandis qu’à New York, les kiosques sont souvent standardisés, sans un code couleur spécifique. Vienne, quant à elle, opte pour des kiosques aux teintes brunes ou beiges, loin du vert wagon parisien.
Ce choix esthétique unique confère à Paris une identité visuelle forte. La prochaine fois que vous croiserez un kiosque à journaux dans la capitale, pensez à l’histoire qu’il représente. Ce n’est pas qu’un simple point de vente, c’est un reflet d’une décision d’urbanisme pensée pour l’harmonie et la beauté de la ville. Ces détails, souvent invisibles, participent à façonner le paysage parisien, tout comme d’autres éléments architecturaux, tels que les bouches de métro ornées du célèbre « M ».