Inceste : l’Assemblée dénonce des défaillances pénales et alerte sur le manque de moyens

Une commission d’enquête de l’Assemblée nationale a récemment mis en lumière des lacunes profondes dans le traitement judiciaire des cas d’inceste en France. Le rapport, qui sera rendu public le 9 juillet 2026, souligne l’augmentation alarmante du nombre de victimes mineures et l’insuffisance des moyens alloués à la justice pour faire face à cette problématique majeure.

EN BREF

  • 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année en France.
  • Seulement 2 000 enquêteurs spécialisés pour traiter ces affaires.
  • Appels à des réformes pour protéger les victimes et accélérer les enquêtes.

Le rapport de la commission d’enquête dévoile des chiffres inquiétants : chaque année, environ 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles, soit un enfant toutes les trois minutes. Dans 81 % des cas, l’agresseur est un membre de la famille. En 2025, les forces de l’ordre ont enregistré plus de 20 000 victimes mineures de violences intrafamiliales, une hausse de 170 % par rapport à 2016.

Christian Baptiste, député du Parti socialiste et membre de la commission, a déclaré : « L’inceste est un crime de masse qui nécessite une politique publique à part entière. » Ce constat s’inscrit dans un contexte de mobilisation croissante des associations, qui réclament une loi intégrale contre les violences sexuelles. Une proposition de loi déposée fin 2025 par Céline Thiebault-Martinez a suscité l’engagement du gouvernement à reprendre certaines mesures dans les mois à venir.

La commission a également souligné les défaillances systémiques dans le traitement des plaintes. Les enquêtes sont souvent longues et inefficaces, avec de nombreux cas « au point mort ». En 2024, seulement 380 condamnations pour viols incestueux ont été prononcées. Les moyens humains, avec seulement 2 000 enquêteurs spécialisés, sont jugés largement insuffisants pour faire face à l’explosion des plaintes.

Les auditions des enfants, cruciales pour l’établissement des faits, sont fréquemment mal conduites et se déroulent plusieurs mois après le dépôt de la plainte. Ce délai nuit à la crédibilité des témoignages, souvent mis en doute. La commission critique l’insuffisance de formation des professionnels impliqués, qui inclut les forces de l’ordre, les experts et les magistrats.

Les expertises judiciaires, essentielles pour comprendre les traumatismes des victimes, sont également remises en question. La présidente de la commission, Maud Petit, a fait état de l’utilisation de concepts dépassés, comme le syndrome d’aliénation parentale, qui peuvent nuire à l’évaluation des situations.

Le rapport met en lumière la situation des « parents protecteurs », souvent des mères, qui se retrouvent dans une position délicate lorsqu’elles cherchent à protéger leurs enfants. Ces dernières sont parfois accusées de manipuler leurs enfants, entraînant des poursuites pour « non-représentation d’enfant » et des décisions de placement regrettables. Christian Baptiste appelle à une révision des décisions de placement afin de privilégier la sécurité des enfants.

Au-delà des constats, la commission propose une cinquantaine de recommandations. Parmi celles-ci, la dépénalisation de la non-représentation d’enfant en cas de suspicion de violences sexuelles et l’instauration d’une ordonnance de protection pour assurer la sécurité des enfants dès la révélation des faits. Le rapport préconise également que les principales investigations soient menées dans un délai de trois mois suivant le dépôt de la plainte, afin de garantir une réponse rapide et adaptée.

Il est essentiel de protéger les enfants sans attendre l’issue d’un procès, insiste le rapporteur. La prise de conscience et les actions appropriées sont désormais nécessaires pour faire face à ce fléau sociétal et garantir un avenir plus sûr pour les jeunes victimes.