Augmentation alarmante des infections par Shigella chez les hommes au Royaume-Uni

Une nouvelle étude met en lumière une augmentation significative des infections par la bactérie Shigella au sein de la population masculine au Royaume-Uni, en particulier parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH). Ce phénomène, qui soulève de nombreuses préoccupations en matière de santé publique, est étroitement lié à l’augmentation de la résistance aux antibiotiques et à l’émergence de formes cliniques plus sévères de l’infection.

EN BREF

  • La Shigella, responsable de dysenteries, se propage rapidement parmi les HSH.
  • Plus de 70 % des souches sont résistantes à au moins un antibiotique important.
  • Des mesures spécifiques de dépistage et de prévention sont désormais nécessaires.

La Shigella est une bactérie qui provoque des diarrhées aiguës, souvent sanglantes, et peut être transmise lors de rapports sexuels, notamment par contact oro-anal. Très infectieuse, cette bactérie peut être transmise avec seulement dix organismes, un chiffre nettement inférieur à celui d’autres agents pathogènes comme la Salmonella. Des études récentes menées à l’Université de Cambridge indiquent que la transmission via des rapports sexuels concerne plusieurs variants de cette infection, qui évoluent rapidement.

Depuis les années 2000, l’émergence de Shigella chez les HSH s’est intensifiée, en particulier dans des villes comme Londres, Brighton et Manchester. Entre 2015 et 2020, le taux de propagation a crû de 15 % plus rapidement que celui des variants non sexuels. L’analyse de 3 514 échantillons isolés entre 2004 et 2020 révèle que 34 % des cas proviennent d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, tandis que 36 % sont liés à des transmissions nationales non sexuelles et 30 % à des voyages à l’étranger.

Les facteurs contribuant à cette montée en flèche incluent la multiplication des partenaires sexuels, l’utilisation d’applications de rencontre, ainsi que des pratiques comme le chemsex, où la consommation de drogues est associée à des activités sexuelles. Cependant, aucun de ces comportements n’explique pleinement l’augmentation globale, mettant en lumière l’importance de l’accumulation d’expositions dans les réseaux sexuels.

Un autre aspect préoccupant est la résistance antibiotique. À la fin de la période d’étude, plus de 70 % des souches sexuellement transmissibles montraient une résistance à au moins un antibiotique d’importance clinique, par rapport à 40 % pour les variantes non sexuelles. Certaines souches ont développé une résistance aux traitements courants, notamment le céftriaxone et l’azithromycine, rendant la Shigella de plus en plus difficile à traiter.

Les symptômes de l’infection ressemblent à ceux d’autres infections intestinales : diarrhée persistante, douleurs abdominales, fièvre et parfois, présence de sang dans les selles. La forme sexuellement transmissible est souvent plus sévère, nécessitant l’hospitalisation d’un tiers des personnes atteintes, pour une durée moyenne de 4 à 5 jours. La co-infection avec d’autres infections sexuellement transmissibles, comme le VIH, est également fréquente chez les HSH.

Face à cette situation, les spécialistes insistent sur la nécessité de mesures spécifiques de dépistage et de prévention. Les consignes habituelles d’hygiène alimentaire ne suffisent pas à stopper la transmission sexuelle. Une vigilance accrue est requise de la part des cliniciens : toute suspicion de dysenterie persistante après un rapport sexuel doit conduire à un interrogatoire approfondi et à des tests pour d’autres infections.

Le UK Health Security Agency (UKHSA) a confirmé cette tendance avec une forte augmentation des diagnostics en laboratoire en 2025, avec 2 560 cas rapportés. Les experts recommandent d’éviter les rapports sexuels pendant deux semaines après la guérison d’une diarrhée et de signaler toute exposition sexuelle à un médecin. Une approche proactive pourrait limiter la propagation de cette infection.

La mise en œuvre de stratégies de surveillance et de traitements adaptés est également indispensable. L’intégration de techniques comme le séquençage génomique pourrait améliorer la compréhension des réseaux de transmission. Toutefois, la méconnaissance du risque au sein des populations touchées demeure un obstacle majeur.

En conclusion, il est essentiel de ne pas stigmatiser les personnes affectées par cette infection, mais plutôt d’adopter une approche collective de vigilance et de dialogue. La détection rapide et le traitement adapté sont des leviers cruciaux pour maîtriser la propagation de la Shigella et protéger la santé publique.