Multiplication par cinq des tués par la police depuis 2017 : une réalité inquiétante

Le débat autour de l’usage des armes à feu par les forces de l’ordre a pris une tournure préoccupante. Récemment, le député insoumis Éric Coquerel a exprimé ses craintes quant à l’impact d’une nouvelle législation sur le nombre de morts causés par la police. En effet, une étude révèle que le nombre de personnes tuées par des policiers en raison de refus d’obtempérer a considérablement augmenté depuis 2017.

EN BREF

  • Plus de 500 000 signatures contre la présomption d’usage légitime des armes par la police.
  • Éric Coquerel pointe une hausse de 500 % des tués depuis l’adoption de la loi « Cazeneuve ».
  • Une étude confirme que l’augmentation des tirs mortels par la police est liée à cette loi.

Le 10 juillet, une pétition contre la présomption d’usage légitime des armes à feu, soutenue par plus de 500 000 personnes, a été présentée. Cette proposition de loi, adoptée par l’Assemblée nationale le 7 juillet, suscite de vives inquiétudes. Des ONG et des personnalités de gauche dénoncent ce qu’elles qualifient de « vote de la honte ».

Éric Coquerel, lors de son intervention sur franceinfo, a mis en lumière les conséquences potentiellement mortelles de cette législation. Il a rappelé que la loi « Cazeneuve », adoptée en 2017, a déjà conduit à une hausse alarmante des décès liés à des refus d’obtempérer. Selon lui, 35 passagers de voitures non armés ont été tués par la police depuis son adoption, un chiffre qui représente une multiplication par cinq par rapport à la période précédente.

Cette affirmation s’appuie sur une étude menée par trois chercheurs français, Sébastian Roché, Paul le Derff et Simon Varaine, spécialistes des politiques de maintien de l’ordre. Publiés en 2022 dans la Revue Esprit, leurs travaux analysent des données de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) et se basent sur le recensement des victimes de violences policières effectué par le magazine Basta!. Ils ont comparé les chiffres des tués par la police entre 2011 et 2017, avant la loi, et entre 2017 et 2022, après son adoption.

Les résultats sont préoccupants. Le nombre de décès par mois a évolué de 0,06 avant 2017 à 0,32 après, confirmant les propos de Coquerel. Les chercheurs ont également exploré d’autres facteurs potentiels, tels que la militarisation des forces de l’ordre ou une hausse générale de la violence en France, mais rien ne semble justifier cette augmentation spécifique des tirs mortels liés aux véhicules en mouvement.

Il est intéressant de noter que, tandis que le nombre total de tirs mortels des forces de l’ordre n’a pas connu une telle hausse, passant de 0,59 à 0,52 par mois, les tirs visant des véhicules en mouvement ont, eux, explosé. Cette réalité soulève des questions sur le lien direct entre la loi de 2017 et l’augmentation des décès.

Malgré une hausse des refus d’obtempérer, ceux-ci n’expliquent pas entièrement l’augmentation des tirs mortels. Les chercheurs concluent que, même en tenant compte des refus graves d’obtempérer, l’effet de la loi de 2017 demeure significatif. Cela soulève des inquiétudes quant aux conséquences de l’adoption de la nouvelle législation sur la présomption de légitime défense des forces de l’ordre, qui sera prochainement examinée par le Sénat.

Dans un climat où la confiance envers les forces de l’ordre est mise à l’épreuve, les chiffres parlent d’eux-mêmes. La question qui demeure est de savoir si le même phénomène se reproduira avec l’adoption de lois favorisant l’usage des armes, et comment cela influencera la relation entre la police et la population.