Le service de réservation de rendez-vous médicaux, Doctolib, a récemment suscité des inquiétudes parmi ses utilisateurs et les médias. À partir d’août 2026, l’entreprise lancera un projet de recherche visant à optimiser les parcours de soin grâce à l’intelligence artificielle (IA). Ce projet s’appuiera sur les données personnelles et de santé de ses 50 millions d’utilisateurs, un choix qui n’est pas sans soulever des interrogations quant à la protection des données.
EN BREF
- Doctolib lancera un projet de recherche sur l’IA en août 2026.
- Les données personnelles des utilisateurs seront utilisées, mais pseudonymisées.
- Les utilisateurs peuvent s’opposer à l’utilisation de leurs données avant le début du projet.
Ce projet, intitulé « Optimisation des parcours de soin grâce à l’IA », sera mené en collaboration avec l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), et l’Université Paris Cité. L’objectif est d’utiliser des outils d’IA pour mieux anticiper certains risques à partir de l’historique médical des patients, ce qui devrait permettre d’améliorer l’organisation et la coordination des soins.
Dans un courriel adressé à ses utilisateurs, Doctolib a assuré que seules les données strictement nécessaires à l’étude seraient utilisées. Toutefois, ce message n’a pas apaisé les inquiétudes. Des médias tels que Numerama et 20 Minutes ont rapidement relayé des conseils pour s’opposer à l’utilisation de ces données. Des internautes, sur des plateformes comme TikTok, ont mis en garde les utilisateurs sur le fait que s’ils n’avaient pas coché une case d’opt-out avant la date limite, leurs données pourraient être utilisées par l’IA. Des vidéos de ces avertissements ont même été vues plusieurs centaines de milliers de fois.
Les données susceptibles d’être utilisées incluent non seulement les ordonnances, mais aussi toutes les informations médicales saisies par les médecins dans le logiciel Doctolib. Cela comprend des éléments tels que les antécédents médicaux, les traitements en cours, et même des documents synchronisés avec le dossier médical. Doctolib a précisé que les données seraient pseudonymisées, ce qui signifie qu’elles ne seraient pas directement liées à l’identité des utilisateurs, mais permettraient tout de même d’analyser les parcours de soin.
Le cadre légal de cette démarche prévoit que seules les données des patients majeurs seront utilisées, et ces informations seront conservées pendant cinq ans. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a établi des méthodologies pour garantir la protection des données personnelles dans le cadre de la recherche. Cela inclut des limitations strictes sur les types de données pouvant être collectées et utilisées.
Malgré ces assurances, des craintes demeurent quant à la sécurité des données. Doctolib a affirmé que les données seraient hébergées dans un environnement certifié pour l’hébergement de données de santé, sans transfert hors de l’Union européenne. Le service a également promis d’appliquer les plus hauts standards de sécurité pour garantir la confidentialité des informations.
La question de l’usage des données personnelles pour l’IA en santé n’est pas nouvelle. Selon une étude de Doctolib, 45 % des utilisateurs de la plateforme ont déjà utilisé une IA pour des questions de santé. L’entreprise se positionne comme un acteur clé dans le développement de la médecine de demain, intégrant des modèles d’IA dans ses services. Stanislas Niox-Château, PDG et cofondateur de Doctolib, a déclaré que l’IA pourrait révolutionner le secteur en permettant une personnalisation des traitements et une aide aux soignants lors des diagnostics.
Il est essentiel de souligner que les utilisateurs de Doctolib ont la possibilité de s’opposer à l’utilisation de leurs données personnelles. Ils peuvent le faire via un formulaire sur le site de Doctolib, en indiquant leur nom, prénom, et date de naissance, ainsi qu’en cochant une case de refus. Les délais pour s’opposer sont comptés, et les utilisateurs peuvent exercer ce droit jusqu’au début du projet de recherche, prévu pour août 2026.
En somme, le projet de recherche de Doctolib soulève des enjeux éthiques et juridiques significatifs. Si l’utilisation de l’IA dans le domaine de la santé offre de nombreuses promesses, elle doit être encadrée de manière stricte pour garantir la protection des données personnelles des utilisateurs. L’avenir de ce projet dépendra de la confiance que les utilisateurs accorderont à Doctolib et aux mesures mises en place pour sécuriser leurs informations.