Réformes de cadrage des athlètes féminines : entre préoccupations et critiques

La question du traitement médiatique des athlètes féminines prend une nouvelle tournure avec les recommandations de l’Union européenne de radio-télévision (UER) et de la Fédération européenne d’athlétisme. Ce projet vise à modifier les angles de prise de vue lors des compétitions, avec une mise en application prévue dès les Championnats d’Europe de Birmingham, qui se dérouleront du 10 au 16 août.

EN BREF

  • Des recommandations pour modifier le cadrage des athlètes féminines ont été proposées.
  • Ces nouvelles règles interdisent les angles de prise de vue jugés suggestifs.
  • Le débat sur le « wokisme » s’intensifie autour de ces changements.

Ce document élaboré en concertation avec plusieurs championnes a pour but de prohiber certains cadrages jugés inappropriés. En particulier, il interdit les angles bas, les gros plans sur le corps des athlètes et les ralentis non justifiés. Les prises de vue en contre-plongée ou par derrière sont également à éviter, comme le souligne Glen Kilian, responsable d’EBU Sport, qui déclare que la sexualisation des femmes athlètes à travers ces choix de cadrage reste une préoccupation majeure dans le domaine des médias sportifs.

Sur le plateau de RMC, Abel Boyi, éducateur sportif, a exprimé son indignation face à ces recommandations, qualifiant cette évolution de « wokisme ». Selon lui, il n’y a pas de réelle différence entre les plans de caméra consacrés aux femmes et ceux réservés aux hommes. « Celui qui a l’esprit tordu, même avec un plan éloigné, continuera à penser de manière inappropriée », a-t-il affirmé, ajoutant que ces changements ne devraient pas interférer avec la façon dont les athlètes sont filmées.

En réponse à Boyi, l’avocate Sandrine Pégan a défendu les nouvelles recommandations, affirmant qu’il ne s’agit pas d’une croisade idéologique, mais d’une volonté d’améliorer la couverture des athlètes. « Une image qui sexualise des athlètes, qui zoome sur des fesses, n’est pas la meilleure façon de comprendre le sport », a-t-elle insisté. Sa position souligne l’importance de promouvoir une représentation plus respectueuse des sportives dans les médias.

Olivier Truchot a également partagé ses réflexions sur le sujet, soulignant que ces recommandations pourraient semer le doute quant aux intentions des réalisateurs. « Le problème réside dans les tenues des sportives », a-t-il déclaré, insinuant que les athlètes doivent être conscientes de l’image qu’elles projettent en compétition. Emmanuel De Villiers a renchéri, suggérant que si les sportives ne souhaitent pas être représentées d’une certaine manière, elles devraient envisager d’autres options que la compétition.

Sandrine Pégand, ancienne athlète et maintenant défenseuse des droits des sportives, a répondu à ces critiques en affirmant que le débat ne porte pas sur les tenues mais sur la façon dont les athlètes sont filmées. « Nous ne demandons pas de ne pas filmer, mais de mieux filmer. Si un guide de 23 pages est nécessaire, c’est que la question mérite d’être soulevée », a-t-elle déclaré.

À l’horizon de 2024, et après les Jeux Olympiques de Paris, des préoccupations similaires ont été exprimées par le responsable d’Olympic Broadcasting Services (OBS), qui a critiqué le traitement stéréotypé des femmes à l’image, par rapport à celui réservé aux hommes. Cette discussion sur le cadrage et la représentation des athlètes féminines dans les médias sportifs semble donc loin d’être close, alors que la question de la sexualisation et la perception des sportives continuent de susciter des débats passionnés.