Ce mardi 21 juillet 2026, le Parlement français a voté en faveur d’une proposition de loi interdisant aux moins de 15 ans de créer un compte sur les réseaux sociaux. Portée par le président Emmanuel Macron, cette mesure vise à protéger les jeunes utilisateurs des dangers potentiels associés à ces plateformes. Toutefois, la loi pose une question cruciale : comment garantir que cette interdiction sera respectée ?
EN BREF
- Interdiction de créer un compte sur les réseaux sociaux pour les moins de 15 ans votée.
- Aucune méthode claire de vérification de l’âge n’est définie dans la loi.
- Des préoccupations sur la confidentialité des données personnelles émergent.
La mesure a été adoptée dans un climat de préoccupation croissante pour la sécurité en ligne des jeunes. Le texte de la loi sera prochainement soumis au Sénat puis à l’Assemblée nationale, où son adoption est prévue sans difficulté majeure. La date d’entrée en vigueur est fixée au 1er septembre 2026 pour les nouveaux comptes, tandis que les comptes existants devront se conformer à cette nouvelle réglementation d’ici le 1er janvier 2027.
Cependant, cette initiative soulève un défi de taille : la loi ne précise pas comment les réseaux sociaux devront vérifier l’âge des utilisateurs. Plusieurs méthodes de vérification existent, mais aucune ne semble pleinement satisfaisante. Par exemple, l’idée de scanner des documents d’identité tels que passeports ou permis de conduire pourrait être contournée par des adolescents utilisant les papiers d’un adulte.
En Australie, un modèle similaire est déjà en place, mais les autorités ont averti que les plateformes ne peuvent pas exiger des documents d’identité. Les utilisateurs peuvent prouver leur âge via des services externes, comme fournir un document à une entreprise de vérification.
En France, depuis l’instauration d’un blocage des sites pornographiques pour les moins de 18 ans en 2025, des applications de vérification d’âge ont été testées. Ces solutions reposent sur un principe de « double anonymat », où l’utilisateur soumet un document d’identité à une application, tandis que le site web reçoit une notification de l’âge sans avoir accès à l’identité de l’utilisateur.
Par ailleurs, l’Union européenne prévoit d’intégrer une fonctionnalité de vérification d’âge dans son service de portefeuille d’identité numérique. Ce système repose sur des technologies cryptographiques avancées, permettant de prouver l’âge sans divulguer d’informations personnelles.
Une autre méthode envisagée est l’utilisation de selfies. Des entreprises comme Yoti, qui collabore avec des plateformes telles que Meta, estiment l’âge des utilisateurs à partir de leurs photos. Bien que prometteuse, cette approche suscite des inquiétudes quant à la précision des résultats, surtout pour les utilisateurs proches de l’âge limite.
Les inquiétudes liées à la confidentialité des données personnelles sont également présentes. La CNIL met en garde sur les implications de la collecte de données sensibles pour la vérification d’âge, et les exigences du RGPD encadrent strictement l’utilisation de technologies comme la reconnaissance faciale.
Les réseaux sociaux, qui interdisent déjà l’accès aux moins de 13 ans sur la base d’une simple déclaration d’âge, disposent d’outils de suivi visant à détecter et supprimer les comptes appartenant à des mineurs. TikTok, par exemple, a supprimé en 2024 plus de 642 000 comptes jugés suspects en France.
Ces enjeux complexes illustrent la difficulté de mettre en œuvre la nouvelle loi, qui vise à protéger les jeunes sans compromettre leur vie privée. Avec l’adoption de cette mesure, la France se retrouve à la croisée des chemins entre la sécurité des jeunes utilisateurs et le respect de la confidentialité des données.