Dans un entretien accordé à Paris Match, le Premier ministre Sébastien Lecornu a exposé les grandes lignes du budget qu’il entend promouvoir cet automne, affirmant la nécessité d’une maîtrise des dépenses publiques. Ce constat s’inscrit dans un contexte marqué par des crises internationales qui impactent directement l’économie et les finances publiques françaises.
EN BREF
- Sébastien Lecornu souligne la nécessité de maîtriser la dette et le déficit en France.
- Des réformes structurelles sont prévues pour améliorer l’efficacité des dépenses publiques.
- Le Premier ministre promet un budget sans nouvelle imposition, tout en réévaluant certaines niches fiscales.
À son arrivée à Matignon en septembre dernier, Sébastien Lecornu a rapidement identifié un décalage entre la politique intérieure française et la réalité géopolitique mondiale. Il a prévenu que les crises internationales, notamment en matière économique et de sécurité, ne sauraient rester sans conséquences pour la France. « Aujourd’hui, il est évident que les crises internationales ont des répercussions directes sur notre vie quotidienne, notre économie, notre inflation, nos finances publiques et notre sécurité », a-t-il déclaré.
La problématique centrale qu’il évoque est la dette et le déficit publics, jugés préoccupants et limitant la liberté d’action de l’État. Un rapport d’experts de Bercy a alerté sur des prévisions alarmantes indiquant que, sans changement de cap, le déficit pourrait atteindre 5,9% du PIB en 2027, puis 6,8% en 2030. Ces chiffres sont bien au-delà de l’objectif de 3% fixé par la France pour 2029.
Face à cette situation, le Premier ministre ambitionne non seulement de réduire les dépenses, mais aussi de transformer la manière dont l’État les engage. Dans le cadre des discussions budgétaires qui s’ouvriront cet automne, il propose notamment un système de bonus-malus entre ministères. Ce dispositif vise à encourager les ministères à investir dans le numérique, une nécessité dans un monde où l’intelligence artificielle transforme de nombreux secteurs.
Une autre mesure phare évoquée est le déblocage de 16 milliards d’euros pour le remboursement de médicaments innovants, remplaçant ainsi des traitements devenus obsolètes. Sébastien Lecornu affirme que le budget qu’il compte défendre sera un « budget de choix », avec une priorité donnée à la stabilité fiscale.
Le Premier ministre a assuré qu’il n’y aurait ni hausse ni création de nouveaux impôts, tout en restant ouvert à un examen des niches fiscales existantes et une lutte renforcée contre la fraude. Cette approche vise à éviter des mesures de rendement à court terme qui, selon lui, ne résolvent pas les problèmes structurels et pourraient coûter cher à long terme.
Les coupes budgétaires des gouvernements précédents, souvent réalisées sans discernement, sont également critiquées par Sébastien Lecornu. Il souligne l’importance de prendre des décisions maintenant, sans attendre les prochaines élections. « C’est aussi cela que vont regarder les marchés financiers qui nous prêtent », a-t-il ajouté, insistant sur la nécessité d’une gestion budgétaire rigoureuse.
Le contexte politique actuel pourrait cependant compliquer les débats budgétaires à venir. La menace d’une censure est déjà brandie par l’opposition, notamment par La France insoumise, qui a fait savoir qu’elle voterait une motion de censure si le gouvernement devait recourir au 49.3. Face à cette éventualité, Sébastien Lecornu a réaffirmé sa détermination : « il n’existe aucun scénario sérieux dans lequel la France pourrait passer une année entière sans un vrai budget. »
Les discussions à venir sont également perçues comme un moment de vérité pour les futurs candidats à la présidentielle. « Chacun devra sortir des slogans et assumer ses choix », a-t-il déclaré, en ajoutant avec force : « Bas les masques ! » Cette déclaration résonne comme un appel à la transparence et à la responsabilité dans la gestion des finances publiques.