Vers une pérennisation des titres-restaurants en supermarché : enjeux et perspectives

La question de l’utilisation des titres-restaurants en supermarché suscite de vives discussions, notamment à l’approche d’un débat parlementaire prévu à la rentrée. Ce jeudi, sur BFM Business, Bertrand Dumazy, le PDG d’Edenred, a exprimé un avis nuancé sur la question, rappelant l’importance de maintenir un équilibre dans le système, qui repose sur la contribution des employeurs pour des repas équilibrés au travail.

EN BREF

  • Le Parlement débattra d’une loi pour moderniser l’utilisation des titres-restaurants.
  • Les titres-restaurants pourraient être utilisés le dimanche par décret.
  • Depuis 2022, 32,6 % des titres-restaurants sont dépensés en supermarchés.

Le 4 avril, le ministre des PME, Serge Papin, avait annoncé la pérennisation de l’utilisation des titres-restaurants en supermarché, une pratique qui devrait être officialisée par décret permettant leur usage le dimanche. Cette mesure vise à donner un coup de pouce au pouvoir d’achat des salariés, tout en soulevant des interrogations sur l’équilibre du système mis en place.

Bertrand Dumazy a souligné sur BFM Business que « c’est quand même le patron qui paie une partie », insistant sur le fait que ces titres sont conçus pour financer des repas équilibrés au travail, et non pour une consommation en dehors de ce cadre. Pour lui, « il faut bien garder les limites, sinon le système n’aura plus d’intérêt pour celui qui le finance ».

Le restaurateur Zoran Spasojevic a également partagé son point de vue sur la situation. Au micro des Grandes Gueules, il a reconnu que l’utilisation des tickets-restaurants dans les supermarchés est une réponse à une réalité économique : « C’est redonner du pouvoir d’achat détourné. Je comprends, même en tant que restaurateur, que les gens utilisent leurs tickets resto dans les supermarchés. »

Ce constat est corroboré par des chiffres récents. Depuis 2022, la part des montants liés aux titres-restaurants dépensés au supermarché a augmenté de 10 points, atteignant 32,6 % fin 2025. En revanche, les dépenses en restauration ont diminué, représentant 36,1 % des dépenses totales. Cette tendance soulève des questions sur l’évolution des habitudes de consommation des Français.

Zoran Spasojevic a également observé que les salariés n’utilisent pas leurs titres-restaurants en semaine, car beaucoup ne fréquentent plus les restaurants. « Je me mets à la place des gens… Ça ne me choque pas. Ceux qui vont au restaurant ne regardent pas s’ils ont des tickets resto, ce sont des cadres sup' », a-t-il déclaré, soulignant la pression économique ressentie par de nombreux jeunes travailleurs.

Les jeunes, souvent confrontés à des loyers élevés dans les grandes villes, voient dans l’utilisation de leurs tickets-restaurants un moyen de gérer leur budget. Spasojevic a exprimé sa compréhension de cette situation, affirmant : « Je trouve ça humain. »

La proposition de loi en discussion vise également à dématérialiser définitivement les titres-restaurants, mettant fin à l’émission de titres au format papier à compter du 1er janvier 2028. Cette mesure pourrait transformer radicalement le paysage des titres-restaurants, répondant aux besoins d’une société en pleine mutation.

Les débats à venir au Parlement seront cruciaux pour déterminer l’avenir de cette pratique et son impact sur les secteurs de la restauration et de la grande distribution. Les enjeux économiques et sociaux derrière cette évolution méritent une attention particulière, tant pour les restaurateurs que pour les salariés.