Hypertension artérielle : six millions de Français ignorent leur état de santé

L’hypertension artérielle (HTA) est une pathologie silencieuse, touchant près de 17 millions de Français, dont environ six millions ne sont pas conscients de leur état. Ce fléau, souvent asymptomatique, peut entraîner des complications graves si elle n’est pas détectée et suivie correctement. Le Dr Yara Antakly Hanon, cardiologue aux Hôpitaux Saint-Joseph à Paris, nous éclaire sur cette maladie chronique et les moyens de la gérer.

EN BREF

  • 17 millions de Français souffrent d’hypertension, dont 6 millions l’ignorent.
  • Les symptômes sont souvent absents, rendant le dépistage crucial.
  • Une prise en charge précoce réduit le risque de complications graves.

La pression artérielle est le résultat de la force exercée par le sang sur les parois des artères. Elle se mesure à l’aide de deux chiffres : la pression systolique, qui correspond à la contraction du cœur, et la pression diastolique, pendant le relâchement. Une pression systolique supérieure ou égale à 140 mmHg et/ou une pression diastolique supérieure ou égale à 90 mmHg indiquent une hypertension. Pour les auto-mesures, les seuils à ne pas dépasser sont de 135/85 mmHg.

Il est important de noter qu’un seul chiffre élevé suffit pour qualifier une personne d’hypertendue, comme l’explique le Dr Hanon : « Lorsqu’un chiffre élevé est détecté, il est impératif de le confirmer lors d’une seconde consultation ou par des mesures effectuées hors du cabinet médical. » Pourtant, en France, la méconnaissance de cette maladie est alarmante. Moins de 10 % des patients ressentent des symptômes, tels que des maux de tête ou des vertiges, qui demeurent peu spécifiques.

Le manque de dépistage constitue un enjeu majeur. Certaines personnes n’ont jamais consulté, tandis que d’autres attribuent leurs chiffres élevés à un stress momentané. Le Dr Hanon met en garde : « Il ne faut jamais banaliser une tension élevée. » L’hypertension fragilise les vaisseaux sanguins, entraînant des risques accrus d’accidents vasculaires cérébraux (AVC), de troubles cognitifs, et de maladies cardiaques.

Les complications peuvent être d’une grande gravité. Au niveau cérébral, l’HTA augmente le risque d’AVC et contribue au développement de démences, notamment la maladie d’Alzheimer. Le cœur et les reins ne sont pas épargnés, avec des risques d’infarctus ou d’insuffisance rénale. La cardiologue souligne que « plus l’hypertension est traitée tôt, plus les risques à long terme sont limités ».

Pour gérer cette maladie chronique, un suivi médical est indispensable. Les traitements permettent de contrôler efficacement la tension, mais l’observance demeure insuffisante. Le Dr Hanon nous rappelle : « Les patients ne ressentent souvent rien. Ils doivent prendre des médicaments pour une maladie dont ils ne se plaignent pas, ce qui pose problème. » Améliorer l’adhésion au traitement nécessite une information claire et un accompagnement adapté.

Une consultation d’annonce est primordiale pour expliquer aux patients que l’hypertension ne se résume pas à des chiffres, mais représente un risque réel pour leur santé. L’automesure peut également jouer un rôle éducatif. En permettant aux patients de visualiser leurs chiffres, elle renforce leur engagement envers leur traitement. « Ceux qui pratiquent l’automesure sont souvent plus impliqués et respectent mieux leur traitement », précise le Dr Hanon.

Il est également essentiel d’écouter les effets secondaires des traitements. Un patient qui ne ressentait pas de douleur mais qui développe des effets indésirables pourrait interrompre son traitement sans un suivi approprié. L’adaptation des médicaments peut s’avérer nécessaire.

Enfin, le suivi régulier est crucial pour ajuster la prise en charge et atteindre les objectifs de santé. Dans la majorité des cas, il est possible de contrôler la tension artérielle. Les formes résistantes restent rares, mais nécessitent une attention particulière.

Les mesures hygiéno-diététiques, telles que la réduction de la consommation de sel, l’exercice physique régulier, la limitation de l’alcool, et la gestion du poids, sont également essentielles. L’adhésion à ces recommandations contribue à réduire les risques cardiovasculaires.

En somme, bien que l’hypertension soit souvent silencieuse, ses conséquences peuvent s’avérer dévastatrices. Une gestion précoce et efficace est non seulement possible, mais également cruciale pour prévenir des complications graves.