Le collectif « J’ai faim, je mange » demande un délit d’entrave à l’allaitement en public

Le droit d’allaiter en public est au cœur des préoccupations du collectif J’ai faim, je mange. Ce groupe a récemment lancé une pétition afin d’instaurer un délit d’entrave à l’allaitement, face aux discriminations persistantes que rencontrent les mères allaitantes dans l’espace public. Cette initiative fait suite à des témoignages d’expériences traumatisantes vécues par des femmes allaitant leurs nourrissons.

EN BREF

  • Le collectif « J’ai faim, je mange » réclame un délit d’entrave à l’allaitement.
  • Plus de 13 000 signatures ont été récoltées pour soutenir cette pétition.
  • Les mères continuent de faire face à des remarques désobligeantes en public.

Dans une scène révélatrice, Mélanie Staal, mère de quatre enfants, a été sommé par un maître-nageur de quitter un espace au bord d’une piscine alors qu’elle allaitait son nourrisson. Cette remarque, qui lui a été faite en juillet dernier, illustre parfaitement les difficultés auxquelles font face de nombreuses femmes en France lorsqu’elles essaient d’allaiter en public.

En réponse à ces incidents, le collectif J’ai faim, je mange a lancé une pétition sur Change.org, qui a déjà recueilli plus de 13 000 signatures. L’objectif est de défendre le droit des femmes d’allaiter où et quand elles le souhaitent, tout en demandant une reconnaissance explicite de ce droit dans les établissements recevant du public.

Bien que la législation française n’interdise pas l’allaitement en public, de nombreuses femmes rapportent avoir subi des remarques désobligeantes. Par exemple, Candice, une mère allaitante, a été victime d’une agression verbale alors qu’elle allaitait à la terrasse d’un café. Une femme dans la cinquantaine lui a craché dessus, lui reprochant de nourrir son bébé en public.

La stigmatisation de l’allaitement en public n’est pas un phénomène isolé. En 2021, une mère australienne a été réprimandée à Disneyland Paris pour avoir allaité sur un banc, un incident qui avait conduit Disney à présenter des excuses publiques. Ce climat de méfiance face à l’allaitement en France est souligné par des experts, qui soulignent que d’autres pays européens, comme l’Angleterre ou l’Allemagne, adoptent une approche plus tolérante.

Anne-Florence Salvetti-Lionne, autrice d’un livre sur le sujet, évoque une sexualisation de l’allaitement, où certains perçoivent cette pratique comme une forme d’exhibitionnisme. Elle souligne que la société a tendance à voir les seins comme des objets érotiques plutôt que comme des éléments naturels liés à la maternité. Cette perception contribue à la méfiance entourant les femmes qui allaitent en public.

Le collectif J’ai faim, je mange recueille des témoignages de mamans qui se sentent brimées à cause de leur choix d’allaiter. Anastasia Cailly, photographe et membre fondatrice, déclare être lassée de cette stigmatisation. Le groupe espère ainsi sanctionner les comportements qui visent à intimider, discriminer ou humilier les femmes allaitantes.

En 2021, une proposition de loi visant à protéger le droit d’allaiter en public avait été déposée par l’ancienne députée Fiona Lazaar, mais n’a jamais été examinée. Actuellement, seule une mention figurant dans le Code du travail autorise les mères à allaiter sur leur lieu de travail, leur garantissant une heure d’allaitement par jour pendant un an.

La question de l’aménagement d’espaces dédiés à l’allaitement est également soulevée. Bien que certaines mères souhaitent ces lieux pour éviter le jugement, d’autres craignent qu’ils ne servent qu’à marginaliser davantage les femmes allaitantes. Mélanie Staal, qui a vécu l’interdiction d’allaiter en public, insiste sur le fait qu’il ne devrait pas y avoir de restrictions concernant le lieu et le moment de l’allaitement.

En définitive, le combat pour la reconnaissance du droit à l’allaitement en public est loin d’être terminé. Les mères continuent de faire face à des discriminations et à des jugements qui entravent leur liberté et leur bien-être. Le collectif J’ai faim, je mange espère que sa pétition et ses efforts contribueront à un changement significatif dans la perception et le traitement des mères allaitantes en France.