À partir du mois d’août 2026, la plateforme française Doctolib, qui compte 50 millions d’utilisateurs, va lancer un programme de recherche scientifique utilisant l’intelligence artificielle (IA) pour améliorer les parcours de soins. Ce projet, qui suscite des réserves, sera alimenté par les données de santé de ses utilisateurs majeurs.
EN BREF
- Doctolib lancera un programme de recherche en IA à partir d’août 2026.
- Les données de santé des utilisateurs seront utilisées, soulevant des inquiétudes sur la sécurité.
- Le consentement des utilisateurs est automatique, sauf opposition explicite.
Doctolib est souvent la première solution à laquelle on pense lorsqu’une personne a un souci de santé. Avec un accès à une multitude de données, allant des rendez-vous médicaux aux bilans sanguins, la plateforme se trouve au cœur d’une initiative qui pourrait transformer le paysage de la santé numérique. En effet, le programme de recherche en IA clinique se concentrera sur l’optimisation des soins, en collaboration avec des institutions scientifiques telles que l’Inria et l’Inserm.
Ce projet, qui s’étendra sur trois ans, a pour objectif d’explorer comment des outils d’IA peuvent aider à anticiper des risques médicaux en s’appuyant sur l’historique médical des patients. Nicolas Barascud, statisticien responsable de ce projet, évoque des applications potentielles telles que l’anticipation de l’évolution d’une maladie ou la recommandation d’examens appropriés, en utilisant des données de parcours similaires.
Cependant, l’utilisation des données personnelles à des fins de recherche a soulevé des préoccupations. La Ligue des droits de l’Homme a alerté sur les risques de réidentification des données, même si celles-ci seront pseudonymisées. Selon l’association, ces données, si elles sont exposées, pourraient entraîner des cas de stigmatisation ou de discrimination, en particulier dans un contexte où les cyberattaques sont en hausse.
Les utilisateurs de Doctolib ont été informés par courriel début juillet de cette initiative. Il est important de noter que le consentement pour l’utilisation de leurs données est accordé par défaut, sauf opposition explicite. Pour se retirer de cette base de données, les utilisateurs peuvent remplir un formulaire en ligne ou demander la suppression de leurs données. Cependant, la rapidité de la réponse requise soulève des interrogations sur la clarté et la liberté du consentement.
Juliette Alibert, avocate et membre du collectif Interhop, a exprimé ses réserves sur la manière dont les utilisateurs sont informés, suggérant que le timing de l’annonce en plein été pouvait nuire à la compréhension et à la prise de décision des patients.
De son côté, Doctolib assure respecter les réglementations de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). L’entreprise précise que les données seront chiffrées et uniquement accessibles à des chercheurs dans un environnement sécurisé, éloigné des usages commerciaux.
À l’heure où la santé numérique prend une place prépondérante, il est crucial d’examiner les implications de l’utilisation des données personnelles dans la recherche médicale. Les utilisateurs sont invités à rester vigilants et à exercer leurs droits concernant leurs informations de santé.