Franchises médicales : impact majeur des nouvelles mesures sur les patients âgés

Un changement de cap s’annonce dans le secteur de la santé avec l’annonce faite par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist. Fin juillet, celle-ci a révélé un projet visant à réduire les dépenses de la Sécurité sociale, qui pourraient atteindre 15,9 milliards d’euros en 2025. Cette initiative, qui comprend le doublement des plafonds des franchises médicales et des participations forfaitaires, ainsi que le déremboursement de certains traitements, pourrait avoir des conséquences significatives pour les patients, particulièrement les seniors.

EN BREF

  • Les franchises médicales et participations forfaitaires doublées pourraient atteindre 200 € par patient.
  • Les seniors, notamment ceux atteints de maladies chroniques, seront les plus impactés.
  • Des économies prévues pourraient être annulées par des complications dues à des soins négligés.

Ce projet a suscité une forte opposition, tant de la part des usagers que des professionnels de santé. Le conseil de la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam) a également émis un avis défavorable à cette proposition. En effet, cette hausse des coûts va directement peser sur le budget des patients, déjà fragilisés par des parcours de soins complexes.

Le relèvement des plafonds des franchises médicales et des participations forfaitaires, qui passeront de 50 € à 100 €, représente une charge supplémentaire pour les usagers. Au total, le reste à charge pourrait donc atteindre 200 € par personne, une somme qui peut sembler modeste, mais qui, pour de nombreux patients chroniques, est loin d’être négligeable. Le Dr Jérôme Marty, président de l’Union française pour une médecine libre Syndicat (UFMLS), souligne que pour les patients atteints de plusieurs pathologies, le dépassement de ces plafonds est fréquent.

Stéphanie Rist a tenté de rassurer en évoquant l’exonération de ces franchises pour 18 millions de Français, notamment les mineurs et les femmes enceintes. Cependant, cette mesure ne convainc pas, surtout lorsque l’on considère que les patients âgés, qui consomment en moyenne 108 boîtes de médicaments par an dès 80 ans, seront les plus touchés. Une réalité que l’association Rose Up a mise en lumière, en soulignant que les femmes suspectées d’un cancer du sein pouvaient déjà atteindre des frais élevés avant même le début des traitements.

Les implications financières de ces changements sont préoccupantes. L’économiste Frédéric Bizard met en garde contre une « illusion budgétaire », indiquant que les économies réalisées pourraient être annulées par des hospitalisations d’urgence résultant de soins négligés. En effet, une seule hospitalisation de cinq jours coûte en moyenne 6 850 € à l’Assurance Maladie. Ses calculs suggèrent qu’un petit pourcentage de patients renonçant à des soins pourrait suffire à transformer les économies escomptées par le gouvernement en déficit.

En plus de ces modifications, la ministre a prévu un changement dans le taux de remboursement de certains médicaments, qui pourrait passer de 15 % à 5 % pour ceux à service médical rendu faible. Cela va encore alourdir le fardeau des assurés, notamment ceux dépourvus de complémentaire. Quant à ceux qui en possèdent une, ils pourraient faire face à une augmentation de leurs cotisations, estimée à 1,2 milliard d’euros par l’Uspo (l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine).

Une autre mesure envisagée concerne la prise en charge des soins dentaires, qui pourrait être réduite, augmentant ainsi la part à couvrir par les complémentaires santé. Les Chirurgiens-dentistes de France (CDF) critiquent ces décisions, arguant qu’elles envoient un mauvais signal concernant la prévention.

Face à cette situation, France Assos Santé appelle à une réflexion plus large sur les économies à réaliser dans le système de santé. Les critiques des professionnels de santé et des économistes sont nombreuses et soulignent la nécessité d’une approche plus équilibrée. Alors que le gouvernement doit encore trancher sur ces mesures, les questions de financement et d’accès aux soins demeurent au cœur des préoccupations des Français.

Il reste à voir si ces avis et critiques influenceront les décisions gouvernementales. Les enjeux sont de taille, et les répercussions sur les assurés, en particulier les plus vulnérables, pourraient s’avérer significatives.