Vous prenez un billet froissé dans votre portefeuille et une pensée vous traverse l’esprit : « ce billet doit être plein de microbes ». Cette intuition, partagée par de nombreuses personnes, mérite d’être examinée de plus près. Les billets de banque, qui circulent entre des milliers de mains et peuvent sembler crasseux, ne sont pas forcément les nids à bactéries que l’on imagine.
EN BREF
- Les billets de banque portent des bactéries, mais leur quantité est comparable à celle d’autres objets du quotidien.
- Des études montrent que les billets en papier-coton retiennent plus de bactéries que ceux en polymère.
- Le risque pour la santé lié à la manipulation d’argent liquide reste très faible.
Il est avéré que les billets de banque abritent des bactéries, un fait confirmé par de nombreuses recherches. Cependant, la véritable problématique réside non pas dans le nombre de microbes, mais dans leur nature et leur capacité à survivre sur le papier. Par exemple, une étude menée en 2017 par des chercheurs de l’université de New York a révélé la présence de plus de 3 000 types de bactéries sur des billets d’un dollar à Manhattan, certaines étant associées à des maladies comme l’acné ou les infections urinaires.
Une autre étude, publiée dans la revue PLOS ONE, a mis en lumière la différence de contamination entre divers supports monétaires. Les billets en papier-coton, par leur texture fibreuse et rugueuse, retiennent plus de bactéries vivantes par rapport aux billets en polymère, qui sont lisses et non poreux. Cela explique pourquoi des pays ayant adopté le plastique, comme l’Australie ou le Canada, enregistrent une contamination bactérienne bien plus faible.
Outre les bactéries, des recherches ont également mis en évidence la présence d’ADN d’animaux domestiques et même de traces de cocaïne sur certains billets. Une étude espagnole de 2009 a révélé que plus de 90 % des billets en euros analysés à Madrid contenaient cette drogue. Toutefois, il est essentiel de noter que la présence de bactéries ne signifie pas automatiquement un danger pour la santé. La majorité des microbes retrouvés sur ces billets sont inoffensifs pour un système immunitaire en bonne santé.
Le risque de tomber malade en manipulant de l’argent liquide est jugé très faible par les chercheurs. Pour qu’une contamination entraîne des problèmes de santé, il faudrait un contact prolongé avec une charge bactérienne importante, ainsi qu’un système immunitaire affaibli. Ce mythe de la saleté des billets trouve ses racines dans une intuition qui perdure à travers les âges : l’argent changeant de mains est, par essence, sale.
L’expression « l’argent sale » a été utilisée longtemps avant que des études scientifiques ne s’intéressent à la composition microbienne des billets. Historiquement, elle faisait référence à des gains malhonnêtes, non à une saleté hygiénique. La texture souvent abîmée et crasseuse des billets usagés alimente cette perception, même sans preuve scientifique tangible.
La pandémie de Covid-19 a renforcé cette méfiance à l’égard de l’argent liquide, poussant de nombreux établissements à privilégier le paiement sans contact. Malgré cela, les études sur la survie du virus sur les billets montrent une persistance limitée, comparable à d’autres surfaces couramment touchées, comme les rampes d’escalier ou les caddies de supermarché.
En somme, bien que les billets de banque ne soient pas des objets parfaitement propres, ils ne représentent pas non plus le danger bactériologique que l’on craint parfois. La clé réside dans une bonne hygiène personnelle : se laver régulièrement les mains est primordial, tout comme pour tout autre objet manipulé dans des lieux publics.
La prochaine fois qu’un ami hésite à toucher un billet froissé, vous pourrez lui rappeler que son téléphone, souvent négligé en matière d’hygiène, est probablement bien plus contaminé que ce billet de 20 euros.