À l’heure où le numérique occupe une place prépondérante dans les établissements scolaires, certains parents et enseignants choisissent de privilégier des méthodes d’enseignement plus traditionnelles. Ils témoignent de leur volonté de réduire l’exposition de leurs enfants aux écrans, notamment pendant le temps scolaire.
EN BREF
- Des parents choisissent de ne pas activer les espaces numériques de travail dans les écoles.
- Une initiative collective vise à réduire l’usage des outils numériques pour protéger la santé mentale des adolescents.
- Des enseignants soutiennent l’usage de méthodes pédagogiques traditionnelles pour améliorer le bien-être des élèves.
À la rentrée scolaire, Sophie C. a pris une décision marquante : elle n’activera pas son espace numérique de travail (ENT) ni celui de son fils, qui entre en 5ᵉ dans un collège privé des Pyrénées-Atlantiques. Ancienne membre d’un collectif de lutte contre l’invasion numérique dans les écoles, elle estime que les outils numériques, bien qu’utiles, ne devraient pas être considérés comme des fournitures scolaires.
« Je ne supporte pas les injonctions paradoxales des réunions de rentrée. On nous dit qu’il y a une responsabilisation des familles sur les écrans, et pourtant, on veut que nos enfants se connectent dès leur retour à la maison », déplore-t-elle. Son fils Ioan, qui ne possède pas de smartphone, se dit soulagé par cette décision, affirmant que cela « enlève beaucoup de stress » lié à la gestion des notes en temps réel sur ces plateformes.
Les inquiétudes autour de l’utilisation des outils numériques à l’école ont pris de l’ampleur. En 2025, Élisabeth Borne avait proposé un « droit à la déconnexion » pour les travailleurs, mais des voix s’élèvent désormais pour étendre cette notion aux élèves. Il est de plus en plus difficile de garantir que les étudiants se concentrent sur leurs travaux sans être distraits par le vaste monde d’Internet.
Isabelle Curien-Barrès, à la tête de l’association Présent simple, a récemment lancé une campagne pour inciter les familles à se libérer des logiciels scolaires, soulignant que l’utilisation de l’ENT n’est pas une obligation légale. Cette initiative vise à sortir de la culture de l’immédiateté et à réduire les conflits familiaux liés à l’usage des écrans, alors que des études montrent l’impact négatif des réseaux sociaux sur la concentration et la santé mentale des jeunes.
Dans cette optique, des enseignants comme Blandine Coudert, professeure d’histoire-géographie à Tours, ont rejoint le collectif Éducation numérique raisonnée. Elle privilégie l’utilisation de l’agenda papier et a choisi de ne plus intégrer de vidéos dans ses leçons, questionnant l’intérêt pédagogique de certaines pratiques numériques.
« On n’est pas du tout technophobe. Mais d’un point de vue pédagogique, est-ce que ça a un intérêt de faire un quizz en ligne, plutôt que sur du papier ? », souligne-t-elle. Ce retour aux méthodes traditionnelles vise à responsabiliser les élèves et à réduire le stress lié à la gestion de leurs devoirs en ligne.
Au collège public François Villon, situé en zone d’éducation prioritaire à Paris, la direction a instauré une « charte du bien-être numérique », précisant que « la possession d’un smartphone est inutile pour la scolarité ». Cette démarche a trouvé un écho positif auprès des parents, qui se disent rassurés par cette politique.
Clémence Habbaba, enseignante d’histoire-géographie, confirme cet engouement : « Beaucoup de parents ont trouvé ça très rassurant ». Elle, comme ses collègues, choisit de privilégier les échanges en personne et de n’utiliser qu’un carnet de liaison-agenda papier avec ses élèves. Cette tendance de retour aux méthodes traditionnelles témoigne d’une volonté collective de protéger la santé mentale des jeunes face à la pression des écrans.
Ces initiatives, bien que variées, révèlent une préoccupation croissante parmi les parents et les enseignants concernant l’impact des outils numériques sur le bien-être des adolescents. La quête d’un équilibre entre l’usage des technologies et la préservation de la santé mentale reste un défi à relever pour les établissements scolaires.