Sept ans après avoir dénoncé les violences sexuelles dont elle a été victime, Saraïti Assimakou continue de faire face à des menaces de mort. Elle a été la première à aborder publiquement le sujet délicat de l’inceste dans l’archipel, et malgré son courage, elle subit des intimidations qui témoignent d’une réalité inquiétante pour les victimes qui osent prendre la parole.
EN BREF
- Saraïti Assimakou, première Mahoraise à dénoncer l’inceste, vit sous des menaces de mort.
- Elle a fondé l’association Ose libérer ta parole pour lutter contre les violences sexuelles.
- La militante a porté plainte après avoir reçu des insultes et des menaces.
Dans une vidéo marquante publiée en 2019, Saraïti Assimakou a révélé les abus subis de la part de son père, qu’elle désigne comme son géniteur. Sa prise de parole a eu un impact significatif, lui permettant de fonder l’association Ose libérer ta parole, qui œuvre pour la protection des femmes et des enfants victimes de violences sexuelles et sexistes à Mayotte.
Mais cette courageuse initiative a un prix. Aujourd’hui, elle reçoit quotidiennement des menaces, selon des déclarations faites à la chaîne régionale. « Certains hommes se sentent suffisamment forts pour m’insulter en privé, pour m’intimider, voire m’envoyer les photos de leurs parties intimes », a-t-elle partagé avec le média Kweli, le 25 août.
Face à cette situation alarmante, Saraïti Assimakou a décidé d’agir. Le 13 août 2026, elle a ouvert un message insultant d’un individu, ce qui l’a poussée à porter plainte. « Ce jour-là, j’ai partagé ce message et cette personne m’a menacée, en me disant que je devais faire attention à mes arrières », a-t-elle précisé.
Cette violence ne provient pas uniquement d’inconnus. Ce qui est particulièrement troublant, c’est qu’un membre de sa propre famille a jugé bon de la rabaisser et de remettre en question son témoignage. « Un membre de ma famille a jugé bon d’insulter, de décrédibiliser ma parole et de restructurer mon histoire », a-t-elle confié.
Elle rappelle que les violences faites aux victimes ne se limitent pas à des menaces physiques ou verbales. « Ce que vous voyez passer sur les réseaux sociaux, ce n’est pas une guerre intrafamiliale, c’est aussi un moyen de montrer ce qui arrive aux victimes lorsqu’elles parlent », souligne-t-elle. Pour elle, il est crucial de comprendre que cela est un véritable sujet de société.
Dans le rapport concernant les violences sexuelles faites aux enfants, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles (Ciivise) a mis en avant le « silence » et la « violence » qui entourent souvent les témoignages des victimes. Saraïti Assimakou explique que ces messages de menace ont pour but d’étouffer les affaires. « On intimide la personne victime. On lui dit : ‘Si tu parles, on va te dégager’ », témoigne-t-elle.
Elle interroge également la société sur le sort qui attend ceux qui prennent la parole. « Combien d’entre nous sommes toisés ? Combien d’entre nous sommes pointés du doigt ? Combien d’entre nous sommes rejetés en marge de la société ? » Ces questions résonnent comme un appel à la réflexion collective sur la façon dont les victimes sont traitées.
Saraïti Assimakou bénéficie du soutien de plusieurs militants engagés dans la lutte contre les violences sexuelles, parmi lesquels Arnaud Gallais, cofondateur de l’association Mouv’Enfants. Leur solidarité est essentielle dans cette lutte difficile et nécessaire pour la reconnaissance des victimes et la condamnation des agresseurs.
La situation de Saraïti Assimakou est révélatrice d’un problème sociétal plus large, où la peur de représailles freine les témoignages et perpétue le cycle des abus. Il est impératif de continuer à soutenir les victimes et de faire entendre leur voix, afin de briser le silence qui entoure ces violences inacceptables.