Ce lundi 7 septembre, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant les tribunaux pour soutenir l’examen de la « loi intégrale » sur les violences sexuelles. Cette mobilisation fait suite à l’affaire tragique de Lyhanna, dont le viol et le meurtre ont choqué l’opinion publique et mis en lumière l’impunité dont bénéficient certains auteurs de violences.
EN BREF
- Des centaines de manifestants demandent une loi intégrale contre les violences sexuelles.
- L’affaire Lyhanna a catalysé une mobilisation pour des moyens accrus.
- La loi sera examinée en commission à l’Assemblée nationale avant son passage en séance publique en octobre.
Ce rassemblement s’inscrit dans un contexte où l’Assemblée nationale examine actuellement la proposition de loi intégrale sur les violences sexistes et sexuelles. La présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, avait demandé son inscription à l’agenda parlementaire après que l’affaire Lyhanna ait révélé des lacunes dans le système judiciaire. Cette loi vise à répondre à l’ensemble des enjeux liés aux violences sexuelles, en ne se limitant pas à la répression, mais incluant aussi des mesures de prévention et de soutien aux victimes.
Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, a déclaré : « On reprend la mobilisation jusqu’à ce qu’on ait une loi intégrale, avec un budget vraiment intégré. » Cette détermination est partagée par un large public, majoritairement féminin, dont une partie s’est rassemblée à Paris place Vendôme, alors qu’une autre manifestation se tenait simultanément à Toulouse.
Les témoignages recueillis lors de ces manifestations soulignent l’urgence d’une action législative forte. Émilie Sarrand, professeure de couture, a insisté sur le fait qu’« il n’est pas acceptable que l’inceste et les violences sexuelles continuent sans réponse adéquate. » Réclamant une législation qui couvre « la totalité du problème », elle souligne l’importance de former les intervenants en contact avec les enfants.
Les participants à ces rassemblements ont également exprimé leur frustration face aux délais de traitement des plaintes pour violences sexuelles. Selon Alexandra Nougarede, syndicaliste FSU dans l’enseignement, il faut en moyenne 77 mois entre le dépôt d’une plainte pour viol et la conclusion de la procédure judiciaire. Cela met en exergue l’inefficacité du système actuel, qui ne fournit pas une réponse adéquate aux victimes.
La proposition de loi, révisée cet été après un avis du Conseil d’État, a pour objectif de couvrir l’ensemble des violences, de la prévention au repérage des victimes, ainsi qu’au jugement des auteurs. Cette initiative s’inspire des 140 propositions formulées par une coalition d’associations féministes et de défense des droits des enfants, qui milite pour une approche intégrale des violences sexuelles.
Suzy Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes, a souligné que l’affaire Lyhanna a été un révélateur de l’inaction politique. « Il a fallu un drame pour que les politiques prennent conscience de l’urgence de la situation », a-t-elle déclaré. Cette loi, bien que non parfaite, est perçue comme une chance d’agir, une occasion à ne pas manquer, comme l’a exprimé Régine, une manifestante de 66 ans.
Les mesures phares de cette loi incluent la détection précoce des victimes, la création de juridictions spécialisées et le renforcement des enquêtes judiciaires. De plus, l’inceste sera reconnu comme un crime à part entière, une avancée considérée comme essentielle par de nombreux participants.
La discussion en séance publique, initialement prévue le 28 septembre, a été reportée à début octobre, levant des craintes quant à l’urgence d’une adoption. Aurore Bergé, ministre de l’Égalité femme/homme, a affirmé son souhait d’adopter cette loi avant la fin du quinquennat, tout en précisant que le budget nécessaire, estimé à 3 milliards d’euros annuels, ne devrait pas constituer un obstacle.
La mobilisation de la société civile a été déterminante dans cette dynamique, et les participants espèrent que le Parlement et le gouvernement répondront à leurs attentes. La députée Céline Thiébault-Martinez a conclu que le travail se poursuit, soulignant l’importance de maintenir la pression pour obtenir une loi véritablement intégrale et efficace.