Projet de décret sur la publicité : la fin des promotions chez les opticiens ?

Un nouveau projet de décret pourrait modifier en profondeur le paysage de la publicité dans le secteur de l’optique et de l’audioprothèse. Présenté par le ministère de la Santé, ce texte vise à encadrer les pratiques publicitaires, remettant en question des offres jugées trop alléchantes par certains acteurs de la filière.

EN BREF

  • Un projet de décret vise à interdire certaines promotions chez les opticiens.
  • Les organisations professionnelles de la filière expriment des inquiétudes sur l’impact sur les prix.
  • Des amendements précédents visant à interdire la publicité avaient été déclarés irrecevables.

Actuellement, les opticiens et les audioprothésistes bénéficient d’une dérogation à la loi interdisant la publicité sur les dispositifs médicaux remboursés par l’Assurance maladie. Le projet de décret, présenté aux organisations professionnelles le 4 septembre 2026, vise à supprimer cette exception. Les acteurs de la filière ont jusqu’au 20 septembre 2026 pour faire part de leurs observations au ministère de la Santé.

Le Rassemblement des opticiens de France (ROF), principal syndicat de la branche, a rapidement réagi, qualifiant ce projet d’« erreur majeure ». Selon eux, l’interdiction de la publicité limiterait les options des consommateurs, entraînant une hausse des prix des lunettes et des appareils auditifs. « Il est à craindre que les gens changent leurs lunettes moins souvent », a déclaré un représentant du syndicat. Cette mesure pourrait également avoir des conséquences sur la santé visuelle des Français, notamment en matière de prévention.

Le cabinet du ministère de la Santé, interrogé par l’AFP, a précisé que l’objectif n’est pas de freiner l’accès aux dispositifs d’optique ou d’audioprothèse, mais de réguler les pratiques commerciales. « Il ne s’agit pas d’offrir un téléphone pour tout remboursement d’un produit pris en charge par la solidarité nationale », a-t-il affirmé.

Les lunettes et aides auditives sont en partie remboursées par l’Assurance maladie, mais la plupart des coûts sont pris en charge par les mutuelles. Actuellement, le marché de l’optique est en pleine effervescence, avec des remises pouvant atteindre 40 % sur certaines montures, des offres d’anniversaire et des paires supplémentaires à prix réduit.

En 2024, les dépenses publicitaires dans le secteur de l’optique, hors réseaux sociaux, ont dépassé les 193 millions d’euros. Hugues Verdier-Davioud, président de la Fédération nationale des opticiens de France (Fnof), a souligné la « surenchère » dans les promotions, tout en soutenant le projet de réforme. Selon lui, l’État offre une opportunité de revaloriser l’image des opticiens en tant que professionnels de santé, plutôt que comme de simples commerçants.

Il est également à noter que des amendements avaient déjà été proposés par des sénateurs en novembre 2025 pour interdire la publicité sur ces équipements, mais avaient été déclarés irrecevables. Ces initiatives visaient à réduire la surconsommation et à lutter contre des pratiques commerciales jugées agressives, tout en réalisant des économies pour l’Assurance maladie.

La question se pose donc : cette régulation de la publicité dans le secteur de l’optique pourrait-elle réellement impacter le coût des soins visuels et auditifs pour les consommateurs ? Les prochaines semaines s’annoncent cruciales pour le futur de la publicité dans ce secteur essentiel.