La rivalité Ségolène Royal et Raphaël Glucksmann : un contentieux sur le Rwanda ressurgit

Alors que Ségolène Royal et Raphaël Glucksmann s’apprêtent à s’affronter lors de la primaire de la gauche pour l’élection présidentielle de 2027, des tensions anciennes refont surface. Au cœur de cette rivalité, un dossier délicat lié au Rwanda, où Glucksmann a longtemps critiqué le rôle de la France dans le génocide des Tutsi survenu en 1994.

EN BREF

  • Ségolène Royal et Raphaël Glucksmann se retrouvent en compétition pour la primaire de la gauche.
  • Leur rivalité est alimentée par des désaccords sur le rôle de la France dans le génocide rwandais.
  • Royal reproche à Glucksmann ses accusations envers François Mitterrand, qu’elle n’a jamais pardonnées.

Ségolène Royal, ancienne présidente du conseil régional de Poitou-Charentes, n’a jamais caché ses désaccords avec Raphaël Glucksmann. À l’approche de la primaire organisée par la gauche en octobre, ce contentieux rappelle une histoire plus personnelle et complexe. Glucksmann, eurodéputé et figure montante, a été très critique envers François Mitterrand et son entourage concernant leur implication dans le génocide rwandais. Selon des confidences rapportées par Challenges, Ségolène Royal n’aurait pas pardonné à Glucksmann ces accusations, qui touchent à ses propres liens avec Mitterrand, le président qui l’a fait entrer au gouvernement en 1992.

Pour bien comprendre cette rivalité, il convient de revenir sur les événements qui ont marqué les années 1990. En 1994, Raphaël Glucksmann n’était qu’un adolescent de 14 ans, ignorant encore les implications de la tragédie qui se déroulait au Rwanda. Ce n’est que des années plus tard qu’il s’est engagé sur ce sujet, notamment en 2004, lorsqu’il a coréalisé le documentaire Tuez-les tous ! Rwanda : histoire d’un génocide « sans importance ». Ce film examine le rôle de l’État français dans la tragédie et donne la parole à des acteurs clés de l’époque, comme Hubert Védrine, ancien secrétaire général de l’Élysée.

Au fil des années, le ton de Glucksmann est devenu de plus en plus accusateur. Dans une tribune publiée en avril 2014, pour le vingtième anniversaire du génocide, il a affirmé que le soutien français au régime rwandais avait été orchestré par François Mitterrand et ses conseillers. En 2019, il va encore plus loin dans Le Monde, qualifiant la politique française au Rwanda de « radicale et abjecte ». Ces propos ont suscité des réactions vives de la part des anciens ministres de Mitterrand, qui ont demandé un désaveu de la part du Parti socialiste.

Le débat s’est intensifié avec le rapport de la commission Duclert remis à Emmanuel Macron en mars 2021. Ce rapport évoque des responsabilités lourdes de la France dans le génocide, tout en précisant qu’aucun document ne prouve une complicité directe de l’État français. Ce contexte historique alimente les tensions actuelles entre Royal et Glucksmann.

Ces dernières semaines, Ségolène Royal a également exprimé des critiques envers Glucksmann, notamment sur les modalités de la primaire et leurs orientations politiques respectives. Le 15 septembre, elle l’accuse d’avoir tenté de « verrouiller le vote » en imposant un coût de participation de 15 euros. Ces échanges montrent à quel point la rivalité entre les deux figures de la gauche française est marquée par des enjeux historiques et politiques forts.

Dans un climat où les rancœurs du passé ressurgissent, la primaire de la gauche s’annonce comme un véritable révélateur des fractures internes du parti socialiste. Alors que les deux candidats préparent leur campagne, la question de leur rapport au passé et aux événements tragiques de l’histoire de France sera au centre des débats.