Haïti : la présidentielle reportée en raison de la violence des gangs

Après dix ans sans élections, Haïti se voit contraint de retarder encore l’instauration de sa démocratie. Les autorités électorales ont annoncé ce mardi le report des premières étapes du processus électoral, repoussant indéfiniment les élections présidentielle et législatives, initialement prévues pour débuter le 13 décembre prochain. La situation sécuritaire du pays, gravement affectée par la violence des gangs, a conduit à cette décision.

EN BREF

  • Les élections en Haïti, prévues pour décembre, sont reportées sine die.
  • La violence des gangs paralyse le pays et entrave les préparatifs électoraux.
  • Seules 800.000 personnes se sont inscrites sur les listes électorales.

Le premier tour de ces élections, qui devait marquer le retour de la démocratie en Haïti, était programmé pour le 13 décembre 2023. Le second tour, quant à lui, était fixé au 21 février 2027. Le dernier scrutin remonte à 2016, et le pays n’a pas eu de président depuis l’assassinat de son dernier dirigeant en 2021, ce qui accentue la crise politique actuelle.

Le Conseil électoral provisoire a expliqué, dans un communiqué, que le nouveau calendrier électoral sera annoncé dès que possible. Ce calendrier sera mis à jour pour tenir compte des exigences techniques et opérationnelles nécessaires à la bonne conduite du processus électoral, en prenant en considération la situation sécuritaire dégradée.

Haïti est en proie à une crise généralisée depuis plusieurs années, exacerbée par la montée en puissance des gangs qui s’illustrent par des actes de violence tels que meurtres, enlèvements, viols et le recrutement d’enfants. Selon les estimations de l’Organisation internationale pour les migrations, environ 1,5 million de personnes sont désormais déplacées en raison de ces violences, touchant non seulement la capitale, Port-au-Prince, mais également d’autres régions du pays.

Les statistiques parlent d’elles-mêmes : depuis le début de l’année, plus de 5.700 personnes ont été tuées ou blessées en Haïti, comme l’a souligné récemment Volker Türk, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme. Ce climat d’insécurité compromet fortement les préparatifs électoraux, de nombreuses communes échappant au contrôle des autorités et manquant de centres d’inscription.

Dans ce contexte difficile, moins de 800.000 électeurs se sont inscrits sur les listes électorales, alors que le pays compte environ 7 millions d’habitants en âge de voter. La fermeture de nombreux axes routiers, menacés par les gangs, entrave également l’acheminement du matériel électoral vers différentes régions.

Pour faire face à cette crise, une Force de répression des gangs (FRG) soutenue par l’ONU est en cours de constitution. Son effectif initial devait être de 5.500 personnels en uniforme et 50 civils, mais selon les déclarations de Mike Waltz, ambassadeur des États-Unis à l’ONU, seuls 1.500 militaires sont actuellement déployés sur le terrain. Cette situation illustre l’ampleur du défi auquel le pays est confronté.

Les autorités électorales d’Haïti doivent donc naviguer dans un environnement marqué par la violence et l’instabilité. La communauté internationale suit de près cette situation, espérant que des solutions seront trouvées pour permettre au pays de sortir de cette impasse démocratique.