Depuis le 8 octobre, l’Ukraine a intensifié ses frappes de drones sur des data centers russes, entraînant des perturbations notables dans les services numériques. Les attaques, dont la plus récente a eu lieu le 11 octobre, ont causé des dysfonctionnements majeurs sur Yandex, le principal moteur de recherche russe. Ce phénomène soulève des questions sur les conséquences de ces frappes sur la désinformation en ligne et l’activité des bots qui propagent des contenus de propagande.
EN BREF
- Les frappes ukrainiennes ciblent des data centers russes depuis le 8 octobre.
- Des perturbations sur Yandex ont été enregistrées, affectant les services de cloud.
- Une baisse de l’activité des bots russes a été observée, mais son lien avec les frappes reste flou.
Alain Bouillé, délégué général du Cesin, souligne que ces attaques représentent une méthode simple et efficace pour nuire à un adversaire. Il explique que, contrairement au hacking classique, l’utilisation de drones et de charges explosives offre une approche plus directe. Les conséquences de ces frappes semblent être multiples, notamment une réduction de la présence de contenus propagandistes sur les réseaux sociaux.
Garry Kasparov, figure de l’opposition russe, a partagé son enthousiasme sur X, mentionnant une chute spectaculaire des contenus indésirables dans son fil d’actualité. De nombreux utilisateurs ont également constaté une diminution des publications favorables à des figures politiques controversées, comme Donald Trump et le parti allemand AfD, connu pour ses positions antimigrants.
David Colon, chercheur à Sciences Po, a illustré cette situation en présentant des données sur une fake news russe liée aux élections françaises. Après la destruction des serveurs de Yandex, les impressions de cette désinformation ont chuté de manière significative par rapport à d’autres périodes. Ce constat est préoccupant pour les propagandistes russes, qui semblent devoir ajuster leurs stratégies.
Le 13 octobre, le Centre ukrainien pour les communications stratégiques a indiqué que des bots russes tentaient de minimiser l’impact des frappes. Certaines publications conseillaient même aux Russes de « faire une pause loin de leurs écrans », une tactique visant à aborder la situation sous un angle positif.
Lors du Forum de Varsovie sur la sécurité, le Premier ministre lituanien Mindaugas Sinkevicius a suggéré que de telles frappes devraient être renforcées pour protéger les élections en Lituanie et en Pologne. Le président ukrainien a également noté que l’activité sur les réseaux sociaux était moins polluée par la haine et la division, grâce à une diminution des bots.
Cependant, des experts en désinformation mettent en garde contre une interprétation hâtive des données. Nikola Tulechki, spécialiste des opérations de désinformation, a précisé qu’il n’existe pas de preuve solide liant directement les frappes aux activités des fermes à trolls. Il a souligné que les graphiques circulant sur les réseaux sociaux, souvent mal interprétés, montrent une baisse des requêtes provenant de l’infrastructure Yandex, mais pas nécessairement des bots sur les réseaux sociaux.
Fabrice Epelboin, enseignant à Sciences Po, a ajouté que la distinction entre différents types de bots est cruciale. La confusion entre des bots de crawling, comme ceux utilisés par Google, et ceux qui propagent des contenus sur les réseaux sociaux complique l’analyse de la situation.
Des graphiques montrant une baisse de l’audience des contenus liés à des partis extrêmes, comme l’AfD, ont également fait surface. Ces données, largement partagées sur X, manquent toutefois de vérification, laissant planer un doute sur leur fiabilité. Une source gouvernementale a confirmé qu’aucune tendance similaire n’avait été observée en ce qui concerne l’activité de la Russie ciblant la France.
En somme, bien que les frappes ukrainiennes aient provoqué des perturbations notables, l’impact réel sur les bots et la désinformation demeure un sujet complexe. Les experts s’accordent à dire que des recherches plus approfondies sont nécessaires pour établir des relations de cause à effet claires.