Au cœur de Canton, dans le sud de la Chine, une maison de 40 mètres carrés se dresse fièrement au milieu d’un pont à quatre voies. Les voitures circulent de part et d’autre, mais au milieu de ce ballet automobile, une femme, connue sous le nom de Liang, y vit tranquillement, défiant les promoteurs et les autorités depuis plus de dix ans.
EN BREF
- Une maison de 40 m² résiste à un projet de pont à Canton depuis 2010.
- Malgré des propositions de relogement, la propriétaire refuse de quitter son domicile.
- Son histoire soulève des questions sur le droit de propriété en Chine.
Tout débute en 2010, lorsque les autorités du district de Haizhu lancent la construction du pont Haizhuyong, un projet ambitieux visant à améliorer la circulation dans un secteur en plein essor. Comme souvent en Chine, les habitants reçoivent des offres d’indemnisation pour quitter leurs logements. La majorité accepte, mais pas Mme Liang, qui refuse de céder sa maison.
Les autorités lui proposent plusieurs solutions, dont deux appartements en échange de sa maison. Cela ne lui convient pas, car elle estime que l’offre est insuffisante, réclamant jusqu’à quatre logements en compensation. Selon d’autres récits, on lui aurait proposé un logement trop proche d’une morgue, ce qu’elle aurait catégoriquement refusé.
En Chine, ce phénomène de résistance à l’expropriation est communément désigné sous le terme de « maison-clou » (dingzihu), symbolisant ces habitations qui demeurent ancrées dans des chantiers. Ce cas à Canton se distingue par sa longévité : les négociations s’éternisent sur une décennie, tandis que la construction du pont progresse. Les autorités, face à cette impasse, finissent par adapter le projet. Le tablier du pont est scindé, créant ainsi deux voies de chaque côté de la maison, qui demeure au centre, comme un islande au milieu d’une circulation effrénée.
Le pont Haizhuyong est inauguré à l’été 2020. Bien que l’infrastructure soit un exploit d’ingénierie, c’est la maison de Mme Liang qui attire rapidement l’attention des médias et des curieux. Des milliers de visiteurs affluent pour admirer cette bizarre cohabitation entre l’architecture moderne et la résistance d’un foyer ancien, propulsant l’histoire de Liang en tête des tendances sur Weibo, le réseau social chinois.
Des rumeurs circulent alors, affirmant que Mme Liang aurait refusé une offre de 10 millions de yuans, l’équivalent d’environ un million d’euros. Elle dément vigoureusement ces allégations, précisant qu’elle n’a jamais eu une telle somme sur la table. Pour elle, il ne s’agit pas d’argent, mais d’un attachement profond à son foyer. Elle explique que le bruit des véhicules ne la dérange pas et qu’elle se dit satisfaite de sa situation. « Je ne m’inquiète pas de ce que les autres pensent », déclare-t-elle.
Les autorités de Haizhu confirment que les plans de démolition datent de 2010 et que la maison ne constitue pas un danger pour la circulation ou sa résidente. Elles affirment qu’elles poursuivront le dialogue avec Mme Liang, sans intention de forcer son départ.
La maison au milieu du pont est devenue un symbole, illustrant les défis liés aux grands projets d’infrastructure en Chine et les droits des propriétaires. Ce cas met en lumière une réalité où une seule personne, par sa détermination, a réussi à influer sur un projet colossal, sans avoir recours à des avocats ou à des compensations financières, mais simplement en refusant de signer.
Sa situation attire également des parallèles à l’international. À Osaka, au Japon, une famille a résisté si longtemps à l’expropriation qu’une autoroute traverse aujourd’hui leur bâtiment entre deux étages. Des histoires similaires témoignent de la ténacité humaine face aux grandes décisions urbanistiques, prouvant que parfois, le refus de céder peut mener à des résultats inattendus.