Accidents de trottinette : les urgentistes tirent la sonnette d’alarme

Les urgentistes du CHU de Clermont-Ferrand, dans le Puy-de-Dôme, expriment de vives inquiétudes concernant l’augmentation des hospitalisations liées aux accidents de trottinette électrique. Face à une tendance alarmante, ils mettent en lumière l’évolution des profils de patients et l’intensification des blessures graves.

EN BREF

  • 34% d’augmentation des blessés graves en un an dans le Puy-de-Dôme
  • Accidents touchant principalement les jeunes adultes entre 16 et 20 ans
  • Règlementations renforcées pour l’utilisation des trottinettes en France

Farès Moustafa, chef des Urgences adultes, souligne une transformation marquée : « Nous sommes passés d’un patient par semaine à un patient par jour », déclare-t-il. Cette hausse est particulièrement préoccupante, car elle concerne principalement les jeunes âgés de 16 à 20 ans. Les trottinettes, souvent utilisées comme moyen de transport urbain, deviennent des véhicules à haute vitesse, atteignant entre 15 et 30 km/h, et parfois même plus, ce qui exacerbe le risque d’accidents.

Les données de la Sécurité routière sont sans appel : les accidents de trottinette ont entraîné une augmentation de 34% des blessures graves au cours des douze derniers mois, ainsi qu’une hausse de 9% des décès. Ces chiffres alarmants témoignent d’une tendance inquiétante, qui nécessite une attention immédiate.

Les observations ne se limitent pas au CHU de Clermont-Ferrand. En juillet dernier, une étude menée par une équipe des Hospices civils de Lyon, dirigée par le service de neurochirurgie pédiatrique, a révélé un bond significatif des traumatismes crâniens graves chez les mineurs. Le nombre de cas a explosé, passant d’un cas en 2021 à 25 en 2025. Les auteurs de l’étude notent que « un bon quart des patients conservent un handicap modéré à sévère, et pour certains, un handicap très sévère ». Ces chiffres soulignent l’urgence d’une intervention pour prévenir de telles tragédies.

Le drame de Michel-Edouard, un jeune de 17 ans devenu tétraplégique suite à un accident sur sa trottinette, illustre tragiquement cette réalité. En mars dernier, alors qu’il était sans casque, il a été percuté par une voiture sur un parking, entraînant des blessures graves. Sa mère, Magalie Branquart, partage son histoire : « C’est très compliqué l’enfermement d’un jeune qui venait d’avoir 18 ans et qui pensait profiter de la liberté ». Ce récit poignant met en lumière les conséquences dévastatrices que peuvent engendrer des accidents apparemment bénins.

Pour sensibiliser à cette problématique, Magalie et sa famille ont fondé l’association « Roues Libres pour Michel Édouard », visant à soutenir les jeunes victimes d’accidents de trottinette et à mener des actions de prévention dans les établissements scolaires. Leur objectif est clair : mobiliser les pouvoirs publics et instaurer des formations de sécurité au sein des collèges.

Face à cette situation préoccupante, plusieurs départements français commencent à durcir les réglementations entourant l’utilisation des trottinettes. Des mesures telles que le port obligatoire d’un casque et d’un gilet réfléchissant sont mises en place dans des zones comme Paris, le Rhône, l’Yonne et les Alpes-Maritimes, avec des amendes pouvant atteindre 135 euros pour non-respect. Une proposition de loi, déposée en juin dernier, vise à étendre ces obligations à l’échelle nationale, et son examen est toujours en attente par la Commission des lois de l’Assemblée nationale.

La question demeure : ces mesures seront-elles suffisantes pour endiguer cette vague d’accidents et protéger les jeunes usagers des trottinettes ? L’avenir des réglementations et la sensibilisation du public joueront un rôle crucial dans la réduction de ces incidents tragiques.