Ce dimanche, l’Arabie saoudite, la Russie et cinq autres pays membres de l’Opep+ ont annoncé une augmentation de leurs quotas de production de pétrole pour le mois de juin. Cette décision, prévue de longue date, intervient dans un contexte de tensions croissantes suite au départ des Émirats arabes unis de l’alliance. En effet, la déclaration du groupe ne fait aucune mention de ce retrait, ce qui témoigne des fractures internes au sein de l’organisation.
EN BREF
- L’Opep+ augmente ses quotas de production de 188 000 barils par jour pour juin.
- Les Émirats arabes unis ne sont pas mentionnés, reflétant des tensions internes.
- La Russie, principale bénéficiaire, peine à atteindre ses quotas de production.
Concrètement, les pays concernés, dont l’Arabie saoudite, la Russie, l’Irak, le Koweït, le Kazakhstan, l’Algérie et Oman, ont décidé d’augmenter leur production collective. Le communiqué publié sur le site de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole indique que cette augmentation vise à maintenir une image de continuité et de stabilité au sein du groupe, minimisant ainsi les impacts du départ des Émirats.
Les analystes, comme Jorge Leon de Rystad Energy, soulignent que cette stratégie pourrait être perçue comme une tentative de masquer les tensions internes. En effet, en maintenant le même niveau de production sans tenir compte de l’absence des Émirats, l’Opep+ cherche à afficher une façade cohérente malgré les réalités changeantes de ses membres.
Cependant, cette augmentation théorique risque de ne pas se traduire par une production réelle. Les capacités inexploitées de l’Opep+ se trouvent principalement dans les pays du Golfe, dont les exportations sont actuellement entravées par le blocage du détroit d’Ormuz, imposé par l’Iran dans le cadre du conflit au Moyen-Orient. Ce contexte complique davantage la situation.
En mars dernier, la production des pays membres de l’Opep+ était tombée à 27,68 millions de barils par jour, alors que leurs quotas totalisaient 36,73 millions de barils par jour, laissant un déficit de près de 9 millions de barils. Ce manque à gagner est principalement attribué aux pays comme l’Arabie saoudite, l’Irak, le Koweït, ainsi qu’aux Émirats, dont la production ne sera plus prise en compte dans les statistiques officielles de l’alliance.
La Russie, en tant que deuxième producteur du groupe, est la plus favorisée par la montée des prix de l’énergie. Néanmoins, elle rencontre des difficultés pour atteindre ses propres quotas à cause du désinvestissement des entreprises occidentales après son invasion de l’Ukraine en 2022. De plus, sa production est régulièrement perturbée par des frappes ukrainiennes ciblant son infrastructure pétrolière.
Le départ des Émirats arabes unis est considéré comme un événement majeur pour l’Opep+, surpassant même les précédents retraits du Qatar en 2019 et de l’Angola. Abou Dhabi, en tant que quatrième producteur en volume au sein de l’alliance, détient des capacités de production importantes, un atout essentiel pour l’organisation dans sa gestion du marché pétrolier.
Ces dernières années, le pays a investi massivement dans ses infrastructures pétrolières, avec des projets ambitieux à l’horizon. La compagnie nationale Adnoc annonce une capacité de production visée de 5 millions de barils par jour d’ici 2027, bien au-delà de son quota actuel de 3,447 millions. De plus, Adnoc s’est engagée à investir 55 milliards de dollars dans de nouveaux projets au cours des deux prochaines années, accentuant ainsi sa volonté de croissance et de développement stratégique.
Dans ce contexte d’incertitudes et de tensions internes, l’avenir de l’Opep+ reste à déterminer. Les membres devront naviguer habilement pour maintenir une cohésion face aux défis croissants du marché mondial du pétrole.