La guerre au Soudan, qui oppose l’armée aux paramilitaires, entre dans sa quatrième année, plongeant le pays dans un état de désespoir. Alors que les Soudanais souffrent de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire, une conférence internationale se tient à Berlin pour tenter de relancer des négociations de paix et lever des fonds pour la crise humanitaire qualifiée de la pire au monde par l’ONU.
EN BREF
- Une conférence à Berlin vise à relancer les pourparlers de paix pour le Soudan.
- La guerre a provoqué le déplacement de 11 millions de personnes et des milliers de morts.
- Les efforts de paix échouent, alors que le pays est en proie à la famine et à la pauvreté.
Mercredi, à l’occasion de l’anniversaire du début du conflit, des gouvernements, des agences humanitaires et des organisations de la société civile se réunissent à Berlin. Notons que les deux belligérants, l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR), sont exclus de cette rencontre. Les précédentes conférences tenues à Londres et à Paris n’ont pas réussi à instaurer une dynamique de paix, ce qui souligne la gravité de la situation actuelle.
Amgad Ahmed, un Soudanais de 42 ans, témoigne de l’épuisement de la population : « Trois ans de guerre nous ont usé. Nous avons perdu notre travail, nos économies et tout sentiment de stabilité. » Ce sentiment est partagé par beaucoup de Soudanais qui ont vu leur quotidien être bouleversé par cette guerre.
Les récentes escalades de violence ont coûté la vie à près de 700 civils depuis janvier dernier, alors que les deux camps intensifient leurs attaques, notamment dans les États du Kordofan-Sud et du Nil Bleu. Malgré cela, un calme précaire semble s’être installé à Khartoum, où certaines activités économiques reprennent. Les marchés rouvrent et les écoles, fermées pendant près de deux ans, accueillent de nouveau des élèves.
Environ 1,7 million de personnes ont regagné Khartoum, mais le danger persiste, avec des bombes non explosées qui demeurent un risque pour la population. Al-Bachir Babker al-Bachir, 41 ans, revenu après trois ans d’absence, évoque son désarroi face à la destruction de la ville : « J’étais heureux de revenir, mais le centre-ville est déchirant. » Cette métaphore souligne l’ampleur des dégâts causés par le conflit.
Les efforts de médiation menés par le « Quad », composé des États-Unis, de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et de l’Égypte, n’ont pas abouti. Les tensions persistent entre les belligérants, qui continuent de se battre pour le contrôle du territoire, chacun bénéficiant du soutien de puissances étrangères. Les Émirats arabes unis sont notamment accusés d’armer les FSR, bien qu’ils dénient toute implication.
La responsable de l’ONU au Soudan, Denise Brown, a dénoncé la répétition des violences et des déplacements massifs de population. « On a l’impression d’être coincés dans une boucle », a-t-elle déclaré, illustrant le cycle sans fin de la violence au Soudan. La conférence de Berlin devrait discuter des moyens d’influencer les acteurs clés impliqués dans le conflit.
Malgré l’ampleur de la crise, l’appel à dons lancé par l’ONU pour 2026 n’est financé qu’à 16 %. La famine, déclarée l’an dernier dans des zones comme El-Facher et Kadougli, touche déjà de nombreuses vies, alors que 20 autres zones sont considérées à risque. Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, a salué l’initiative allemande, tout en reconnaissant que la cessation des hostilités est encore loin.
Dans l’attente de résultats concrets, les Soudanais continuent de vivre au rythme de l’incertitude et de l’angoisse, espérant que ces discussions à Berlin ouvriront la voie à une paix durable et à une reconstruction nécessaire.