Bilan de l’Inirr : près de 2000 victimes d’abus sexuels dans l’Église révélées

Ce mardi, l’instance de réparation des personnes victimes de pédocriminalité dans l’Église (Inirr) a présenté son bilan après cinq années d’existence. Ce rapport, dévoilé sur RMC, fait état d’un nombre alarmant de victimes d’abus sexuels ayant eu lieu au sein de l’Église.

EN BREF

  • 1.969 victimes mineures ont contacté l’Inirr depuis sa création.
  • Les deux-tiers des victimes sont des hommes, souvent âgés de 6 à 15 ans au moment des faits.
  • Une nouvelle instance pour accompagner les victimes sera mise en place suite à la fermeture de l’Inirr.

Selon l’Inirr, au total, 1.969 personnes se sont signalées comme victimes d’abus sexuels. Parmi elles, 1.765 ont reçu un accompagnement. Les statistiques révèlent que les deux-tiers des victimes sont des hommes, et une majorité d’entre eux avait entre 6 et 15 ans lors des agressions.

Ce bilan est d’autant plus significatif que la mission de l’Inirr a pris fin le 31 août dernier. De fait, l’institution sera remplacée par un nouveau dispositif, l’Instance nationale indépendante d’accompagnement des personnes victimes dans l’Église, souhaité par les évêques.

Cette annonce coïncide avec la visite imminente du pape François en France, prévue pour ce vendredi. Cette visite est particulièrement attendue sous l’angle de la lutte contre les violences sexuelles. L’une des étapes les plus scrutées sera sa rencontre avec sept victimes de violences sexuelles, qui se tiendra dimanche à Lourdes. Cette rencontre, bien qu’attendue, suscite des critiques, notamment de la part de collectifs de victimes non invités.

Marie Derain de Vaucresson, présidente de l’Inirr, a exprimé ses doutes concernant le choix du Vatican de ne recevoir que sept victimes à huis clos. Elle souligne qu’une initiative plus inclusive aurait pu être envisagée : “On aurait pu se dire que ça pouvait se faire en deux temps. Peut-être que 150 ou 200 personnes victimes peuvent échanger ensemble et se mettre d’accord sur une parole à porter auprès du Saint-Père”, a-t-elle déclaré sur RMC.

Les victimes sélectionnées pour la rencontre avec le pape représentent une triste mosaïque des scandales qui ont touché l’Église en France. Parmi elles, on trouve des personnes ayant souffert des abus de figures notoires, comme l’abbé Pierre ou le prêtre Bernard Preynat.

Derrière cette rencontre restreinte se cache une volonté de faire reconnaître le caractère systémique des violences sexuelles au sein de l’Église. Marie Derain de Vaucresson note que “ce n’est pas un geste administratif, il y a un caractère politique”. Elle argue que des leçons peuvent être tirées de l’expérience française pour mieux protéger les enfants et améliorer la vie des victimes à l’échelle internationale.

La Conférence des évêques de France justifie ce format limité, affirmant qu’il permettrait au pape de “vraiment écouter, échanger, dialoguer” avec les victimes. Alors que les attentes sont élevées, cette rencontre pourrait également poser des questions sur la façon dont l’Église aborde la problématique des abus sexuels et la nécessité d’une réforme en profondeur.

Ce rapport, bien que tragique, souligne l’importance d’une prise de conscience collective et d’une action concrète pour soutenir les victimes et prévenir de futurs abus au sein de l’Église.