Face à la montée des prix des carburants, le bioéthanol attire de plus en plus d’automobilistes en quête d’économies. Toutefois, cette solution, bien que séduisante, n’est pas sans risques pour les véhicules.
EN BREF
- Le bioéthanol se vend actuellement à environ 0,90 euro le litre.
- La conversion à l’E85 peut engendrer des économies, mais expose à des risques mécaniques.
- Des aides sont disponibles pour faciliter la conversion des véhicules.
« On se fait harceler. On reçoit entre 100 et 200 appels par jour depuis trois semaines », confie un commercial de Shiftech, entreprise spécialisée dans la reprogrammation moteur et la conversion au bioéthanol. La flambée des prix de l’essence incite de nombreux automobilistes à se tourner vers le bioéthanol, une alternative qui semble plus économique. Actuellement, l’E85, un mélange d’éthanol et d’essence, est proposé à environ 0,90 euro le litre, loin des prix des carburants traditionnels.
Ce carburant est fabriqué principalement à partir de maïs, de blé et de betterave. Bien que présenté comme une solution miracle pour réduire les dépenses des Français, le bioéthanol présente des risques pour la mécanique des véhicules. En effet, certains utilisateurs signalent des problèmes potentiels liés à l’utilisation de ce carburant.
Actuellement, environ 400 000 véhicules en France fonctionnent à l’E85, sur un total d’environ 15 millions éligibles. Des collectivités locales, comme la ville de La Tour-du-Pin en Isère, proposent même des aides pour encourager les particuliers à adopter le bioéthanol, en finançant entre 30 et 50 % du coût d’installation d’un boîtier de conversion, en fonction des revenus.
Coûts et modalités de conversion
Pour passer au bioéthanol, trois options sont possibles : disposer d’un moteur flex-fuel d’origine, effectuer une reprogrammation ou installer un boîtier E85. En France, seule la conversion par boîtier homologué est réglementée par un arrêté en date du 30 novembre 2017. La pose d’un boîtier de conversion coûte entre 799 et 1 200 euros, selon la cylindrée et la catégorie du véhicule, comme l’explique Jean-Philippe Porté, gérant d’Ouest Littoral Automobiles.
Un professionnel agréé est nécessaire pour installer un boîtier homologué. En effet, toute installation réalisée sans l’intervention d’un expert pourrait annuler l’assurance en cas d’accident, rendant le véhicule illégal sur la voie publique. Les voitures diesel ne peuvent pas non plus être adaptées à ce type de carburant.
Une fois le boîtier installé, il est crucial de mettre à jour la carte grise du véhicule pour refléter ce changement. Le processus d’installation prend généralement entre deux et quatre heures, nécessitant un diagnostic préalable effectué par un garagiste qualifié.
Les risques associés au bioéthanol
Grégory Marchand, responsable du garage NMAutomobiles, préfère la reprogrammation moteur par cartographie aux boîtiers. Cette méthode, selon lui, permet une personnalisation plus fine des réglages du moteur. Cependant, l’utilisation du bioéthanol n’est pas sans conséquences. En effet, certains conducteurs craignent que leur moteur ne s’use plus rapidement.
Des mécaniciens signalent que des installations mal réalisées, notamment celles ne comportant pas de sonde de carburant, peuvent entraîner des problèmes de combustion. Des défaillances au niveau des injecteurs ou de la pompe à essence peuvent également survenir, surtout sur des véhicules âgés ou en mauvais état.
Jérôme Loubert, responsable du développement chez Flexfuel, souligne que tous les véhicules ne sont pas adaptés au bioéthanol. « Si votre voiture affiche 300 000 km, je ne vous conseillerais pas de faire cette conversion », avertit-il. Il est donc essentiel de s’assurer que le véhicule fonctionne correctement avant d’envisager une conversion.
En dépit de ces préoccupations, Jean-Philippe Porté reste convaincu des avantages du bioéthanol : « Si vous avez un véhicule essence et compatible, c’est une solution économique et écologique, car vous conservez le moteur existant. » Les automobilistes doivent donc peser le pour et le contre avant de faire le saut vers le bioéthanol.
En somme, bien que le bioéthanol puisse représenter un moyen d’alléger la facture à la pompe, il nécessite une réflexion approfondie quant à sa compatibilité avec le véhicule et aux risques associés. Chacun est libre de se lancer dans cette aventure, mais une bonne préparation et un choix éclairé sont essentiels pour éviter les déconvenues.