Cancer du sein : le poids financier accru des femmes précaires

Avec l’arrivée d’Octobre rose, la lutte contre le cancer du sein s’invite dans les débats publics, mais un aspect demeure souvent sous-estimé : les conséquences financières de cette maladie sur les femmes, en particulier celles issues de milieux défavorisés. Le cancer du sein, bien qu’il soit le plus fréquent et le plus meurtrier chez les femmes, ne touche pas toutes les classes sociales de la même manière.

EN BREF

  • Le cancer du sein a un impact financier majeur sur les femmes malades.
  • Les femmes précaires subissent des conséquences plus lourdes, tant sur le plan médical que financier.
  • Les soins complémentaires restent souvent non remboursés, aggravant leur situation.

Une maladie aux coûts cachés

Les dépenses liées au cancer du sein peuvent être considérables. Entre les frais médicaux non couverts, les arrêts maladie mal indemnisés et la difficulté de retourner au travail, beaucoup de femmes se retrouvent dans une situation financière délicate après un diagnostic. Gwenn Menvielle, directrice de recherche à l’Inserm et spécialisée en santé publique, souligne que la précarité économique peut aggraver l’impact de la maladie. « C’est difficile à étudier, mais nous savons que les arrêts maladie ne sont pas toujours compensés à 100 %. Cela peut mener à une perte de revenus, notamment si le traitement se prolonge ou si la patiente ne parvient pas à reprendre son ancien emploi », explique-t-elle.

Un diagnostic aux conséquences différentes selon le milieu social

Contraitement à d’autres types de cancers, le cancer du sein est souvent perçu comme la « maladie des femmes riches ». Les facteurs de risque, tels que l’histoire hormonale et le moment des grossesses, semblent favoriser les femmes plus aisées. En revanche, une fois diagnostiquées, les femmes précaires sont plus susceptibles de souffrir financièrement. « Les pertes de revenus sont plus marquées pour les femmes défavorisées qui ont souvent moins de couverture maladie et occupent des emplois plus difficiles physiquement, ce qui complique leur retour au travail », souligne Menvielle.

Des soins indispensables mais coûteux

Les soins liés à la maladie, tels que les perruques, les soutiens-gorge post-mastectomie ou encore les séances de psychothérapie, sont souvent peu ou mal remboursés. En moyenne, ces frais supplémentaires s’élèvent à 1 447 euros, comme l’indique France Assos Santé. « Si vous êtes déjà dans une situation financière contraignante, il est probable que vous ne fassiez pas ces soins », précise Menvielle. Cette réalité se traduit par une qualité de vie dégradée, en particulier pour les femmes qui ne peuvent pas accéder aux soins de support essentiels.

Risque de perte d’emploi accru

Les défis ne s’arrêtent pas au traitement. Selon Menvielle, le risque de perte d’emploi pour les femmes ayant eu un cancer du sein est plus élevé, particulièrement pour celles issues de milieux défavorisés. « Ce n’est pas nécessairement immédiat, mais deux ans après le diagnostic, le risque de perdre son emploi est significatif », avertit-elle. Ce phénomène est aggravé par le fait que les femmes précaires ont souvent des emplois moins stables et plus exigeants sur le plan physique.

En somme, le cancer du sein ne frappe pas uniquement le corps mais aussi le portefeuille. La lutte contre cette maladie doit donc inclure une réflexion sur l’équité d’accès aux soins et sur la prise en charge des femmes, quel que soit leur statut socio-économique. La prise de conscience autour de ces enjeux est essentielle pour garantir un soutien adéquat aux femmes touchées par cette maladie.