Canicule de juin : un bilan alarmant sur la surmortalité des personnes isolées

La canicule de juin dernier a révélé des chiffres préoccupants concernant la surmortalité, selon un bilan récemment publié par Santé Publique France. Entre le 17 juin et le 2 juillet, 5 764 décès ont été enregistrés en excès, un bilan que l’on n’avait pas observé depuis la tragique canicule de 2003, qui avait causé la mort de 15 000 personnes.

EN BREF

  • 5 764 décès supplémentaires constatés durant la canicule de juin 2023.
  • Les personnes âgées, souvent isolées, sont les principales victimes.
  • Appel à une meilleure protection des populations vulnérables par les autorités.

Ce bilan alarmant touche toutes les tranches d’âge, bien que les personnes de plus de 75 ans représentent les deux tiers des victimes. Parmi elles, Louisette, une femme de 93 ans retrouvée déshydratée chez elle à Sceaux, en région parisienne. Son appartement, sans volets, affichait une température de 34 degrés le 22 juin, comme l’a rapporté une voisine, Odile, qui lui rendait visite régulièrement.

“J’appelle, j’appelle, j’appelle, mais je n’ai pas de réponse. J’ai réussi à forcer la porte et j’ai retrouvé Louisette étendue par terre totalement inconsciente. Elle s’est éteinte le lundi à l’heure du déjeuner. Ça aurait pu être évité en fait ne serait-ce que si on avait mis ce qu’il fallait sur les fenêtres. C’est terrible,” a déclaré Odile, visiblement bouleversée par cette tragédie.

Le constat est sans appel : près de la moitié des personnes décédées durant cette période ont succombé à leur domicile, tandis qu’un tiers est décédé à l’hôpital. Cela marque une différence significative par rapport à la canicule de 2003, où la majorité des décès avait eu lieu dans les établissements de santé. Les maisons de retraite, mieux préparées aujourd’hui avec des salles climatisées, ont ainsi enregistré moins de pertes humaines.

Jean-François Bouscarain, vice-président de la Fédération nationale des infirmiers, souligne l’importance de repérer les personnes vulnérables. “La question aujourd’hui collective qu’on peut se poser, c’est comment on repère toutes ces personnes,” a-t-il déclaré. Il regrette également l’impossibilité de consulter les registres communaux des personnes à risque, ce qui pourrait permettre de rendre visite à ces patients isolés durant la canicule.

Stéphanie Rist, la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, a reconnu, lors d’une intervention sur RMC, un “manque de moyens” pour protéger les personnes isolées. Cette situation soulève des interrogations sur la préparation et la réactivité des autorités face à de telles crises sanitaires.

La canicule de juin 2023 se distingue également par son intensité concentrée sur quelques jours. En effet, plus de la moitié des décès en excès ont eu lieu entre le 25 et le 27 juin. En Île-de-France, la surmortalité a atteint des niveaux préoccupants, avec une augmentation de plus de 80% des décès par rapport aux périodes normales. Cette situation a mis à rude épreuve les agences funéraires, comme le souligne Véronique Bertrand, qui dirige une agence à Paris. “On a eu en fait une quinzaine de décès en deux ou trois jours. Habituellement, sur un week-end, on va être à quatre appels et ça a été des difficultés au niveau des chambres funéraires où il n’y avait pas de place,” a-t-elle expliqué.

Les corps de certaines victimes ont dû être conservés dans des conditions difficiles, sans place disponible dans les chambres funéraires. “On a dû laisser des corps dans les domiciles avec une chaleur intenable et donc les corps se sont abîmés,” a-t-elle ajouté, regrettant l’absence de conteneurs réfrigérés mis à disposition suffisamment tôt par les autorités.

Ce bilan tragique met en lumière les vulnérabilités des personnes âgées et isolées en période de canicule, ainsi que la nécessité d’une meilleure stratégie de prévention et d’intervention pour protéger les plus fragiles de notre société.